De 1,5 kg intercepté à Kédougou à près d’une tonne saisie à Koumpentoum en quelques mois, les opérations sénégalaises illustrent la persistance de flux de cocaïne dans un espace ouest-africain de plus en plus intégré aux routes internationales.
Les Douanes sénégalaises ont saisi 68 boulettes de cocaïne, pour un poids total de 1,5 kilogramme, lors d’une opération menée mercredi 23 septembre 2026 à Kédougou, dans le sud-est du pays, a-t-on appris de source douanière.
La saisie a été réalisée vers 17 heures à un poste de contrôle situé à proximité du village de Kénioto, sur l’axe Kédougou-Saraya. L’opération, menée sur la base d’informations de renseignement et dans un contexte de renforcement de la vigilance, a ciblé un passager à bord d’un bus.
Les analyses effectuées par le Laboratoire national d’analyse des drogues (LNAD) de la Police technique et scientifique ont confirmé qu’il s’agissait de cocaïne pure. Une enquête a été ouverte afin de déterminer l’origine de la drogue et d’identifier les éventuels membres du réseau.
Dans une opération distincte, les services des Douanes de Kédougou ont également intercepté un camion transportant 150 sacs de cyanure, pour un poids total de 7,5 tonnes. Cette cargaison a été interceptée à la suite d’informations faisant état de l’implication de ressortissants étrangers dans un trafic transfrontalier de substances utilisées notamment dans l’exploitation aurifère clandestine.
La saisie de cocaïne intervient alors que plusieurs opérations récentes ont porté sur des volumes beaucoup plus importants. En juin 2026, les Douanes avaient saisi 970,6 kg de cocaïne sur l’axe Koumpentoum-Koungheul, à hauteur d’Ida Mouride. La drogue, répartie en 844 plaquettes, était dissimulée dans un compartiment aménagé à l’intérieur d’un camion en provenance d’un pays voisin.
En 2025, 643 kg avaient été saisis à Rufisque en août, puis 272,25 kg à Kalifourou, dans la région de Kolda, en septembre. Une nouvelle saisie de 115 kg avait été effectuée au même poste frontalier en octobre. En novembre 2024, les Douanes avaient également intercepté 235 kg de cocaïne à Koungheul. Entre mars et novembre de cette année-là, 2,114 tonnes avaient été saisies sur le corridor Dakar-Kidira.
Au-delà de ces opérations nationales, les données internationales décrivent un environnement régional marqué par l’intensification des flux. Le Rapport mondial sur les drogues 2025 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), indique que la production mondiale de cocaïne avait atteint un record de 3 665 tonnes en 2023 et que les saisies avaient triplé en dix ans. L’Afrique de l’Ouest y est présentée comme une importante zone de transit de la cocaïne destinée aux marchés européens.
L’ONUDC relevait également que la demande de cocaïne progressait en Afrique, avec au moins 4 550 personnes prises en charge pour des troubles liés à cette substance au cours des dernières années, principalement en Afrique de l’Ouest, du Centre et en Afrique australe.
Cette évolution régionale est également documentée par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC). Dans une étude publiée en septembre 2025, l’organisation décrit l’Afrique de l’Ouest comme un espace stratégique pour le transit, le stockage et la conteneurisation de la cocaïne destinée à l’Europe. Les réseaux des Balkans occidentaux, en lien avec le Primeiro Comando da Capital (PCC) brésilien, exploitent notamment les infrastructures portuaires du Sénégal, de la Guinée-Bissau et de la Sierra Leone.
Selon cette étude, la part de la cocaïne transitant par l’Afrique de l’Ouest pourrait atteindre jusqu’à 50 % de la consommation européenne d’ici 2030. Le port de Dakar est notamment identifié comme un point stratégique pour les exportations vers l’Espagne et d’autres marchés européens.
En juin 2026, une autre analyse de la GI-TOC consacrée à la saisie de 30,2 tonnes de cocaïne à bord du cargo Arconian a décrit l’Afrique de l’Ouest comme une plateforme croissante de stockage et de redistribution vers l’Europe. L’étude estime que la cargaison interceptée par les autorités espagnoles avait probablement été chargée en Sierra Leone avant son acheminement maritime vers l’Europe.
AC/APA





