À l’occasion de la Fête du Trône 2026, l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, met en lumière la profondeur des relations maroco-sénégalaises, forgées par l’histoire, les liens spirituels et une coopération politique constante. Dans cette tribune tranmise à APA, il plaide pour une consolidation des acquis afin de transformer cette relation d’exception en projets concrets, au service de la jeunesse, du développement et de l’avenir commun des deux pays.
Il est des relations entre États que dictent les intérêts du moment comme il en est d’autres que l’histoire inscrit dans la durée, que les peuples s’approprient et que les générations successives enrichissent. La relation entre le Royaume du Maroc et la République du Sénégal appartient incontestablement à cette seconde catégorie.
Fondée sur plus d’un millénaire d’échanges humains, commerciaux, intellectuels et spirituels, elle repose sur une proximité profonde entre les deux peuples. Sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, elle s’est affirmée comme l’un des partenariats les plus solides du Royaume en Afrique. D’ailleurs, le Souverain a effectué huit visites officielles au Sénégal et y a prononcé, en 2016, un discours adressé à la Nation marocaine, fait inédit dans les annales du protocole royal.
C’est dire que la force de ces liens constitue un capital précieux et nous confère aussi une responsabilité, celle de préserver les acquis, les approfondir et les traduire en projets concrets répondant aux aspirations de nos populations, en particulier de notre jeunesse.
Des valeurs communes au fondement d’une confiance durable
Marocains et Sénégalais partagent bien davantage qu’une relation diplomatique. Dès l’indépendance du Sénégal, le Maroc fut l’un des deux pays ayant parrainé et accompagné son admission aux Nations Unies.
Cette solidarité politique s’enracine dans un héritage spirituel commun. L’attachement partagé au rite malékite, au dogme acharite et au soufisme sunnite a profondément façonné les sociétés marocaine et sénégalaise.
Au fil des siècles, les échanges d’ouléma, les confréries, les itinéraires de formation, les manuscrits et la circulation des idées ont permis la constitution d’un patrimoine intellectuel et religieux commun. Ils ont également favorisé la diffusion d’un islam du juste milieu, fondé sur la modération, la tolérance et la cohésion sociale.
La confrérie Tijaniya occupe une place éminente dans cette histoire partagée. Les liens anciens unissant les grandes familles soufies sénégalaises au Royaume ont édifié une véritable géographie spirituelle reliant Fès à Dakar, Tivaouane, Kaolack, Touba et aux autres foyers religieux du Sénégal.
Il est important de relever que toutes les maisons soufies sénégalaises partagent avec le Royaume le même référentiel et bénéficient de la Haute Sollicitude de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine. Dans un monde où la religion est parfois détournée au service de la division, le Maroc et le Sénégal portent une expérience précieuse, celle d’une spiritualité qui pacifie, rassemble et contribue à la stabilité des sociétés.
Une volonté politique renouvelée
Une relation aussi ancienne ne peut se limiter à la célébration du passé. Elle doit continuellement se renouveler et produire des résultats perceptibles dans la vie des populations.
À cet égard, la volonté constamment réaffirmée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, et de Son frère Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, Président de la République du Sénégal, d’inscrire le partenariat maroco-sénégalais dans une dynamique d’action, de confiance et de solidarité constitue un levier essentiel.
La quinzième session de la Grande Commission mixte de coopération, tenue à Rabat en janvier 2026 sous la présidence des Chefs de Gouvernement des deux pays, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Dix-sept accords et mémorandums d’entente ont été signés dans des domaines aussi divers que l’enseignement supérieur, la formation, l’industrie, l’agriculture, le numérique, l’énergie, les transports, la jeunesse et la sécurité sanitaire.
Au-delà du nombre des accords, cette rencontre a confirmé une constante : la confiance, la solidarité et la concertation. Elle a également tracé une perspective, celle d’orienter davantage le partenariat vers l’action, la mise en œuvre effective des engagements, le rapprochement de nos économies et l’amélioration des conditions de vie de nos populations.
Ainsi, capitaliser sur les acquis signifie désormais transformer les accords en réalisations, rapprocher nos administrations, nos entreprises, nos universités et nos sociétés civiles, et mieux exploiter nos complémentarités.
A cet égard, la Convention d’établissement de 1964 constitue, un cadre précieux en matière de mobilité, d’établissement et d’investissement. Grâce à leurs atouts complémentaires, le Maroc et le Sénégal ont vocation à former un trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest et à contribuer activement à l’intégration économique continentale.
Le développement humain et la jeunesse au cœur de notre ambition
Cette dynamique s’inscrit pleinement dans la vision africaine de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, fondée sur le développement humain, la solidarité et une coopération Sud-Sud mutuellement bénéfique.
L’Afrique n’y est pas considérée comme un simple espace d’opportunités, mais comme une communauté de destin appelée à construire elle-même les conditions de sa souveraineté, de sa stabilité et de sa prospérité.
Les expériences marocaines dans les domaines de la protection sociale, de la santé, de l’éducation, de la formation professionnelle, des infrastructures et de la transition énergétique constituent des savoir-faire à partager et à adapter dans le respect des priorités de chaque frère africain.
Mais, si notre histoire constitue notre socle, notre jeunesse représente notre avenir. Le Maroc et le Sénégal ont en partage une population jeune, dynamique, créative et ouverte sur le monde.
Les échanges universitaires constituent déjà l’un des piliers les plus visibles de notre coopération. Depuis plusieurs décennies, des milliers d’étudiants sénégalais ont été formés au Maroc. Pour l’année universitaire 2025-2026, plus de 300 bourses ont été mises à leur disposition. Ces lauréats occupent aujourd’hui des responsabilités importantes et sont les ambassadeurs naturels de notre partenariat.
Cette dynamique vertueuse est aussi réciproque, le Sénégal accueillant un nombre croissant d’étudiants marocains, notamment en médecine et en ingénierie, à travers toute l’étendue du territoire.
Il convient d’aller plus loin en développant les doubles diplômes, les laboratoires de recherche conjoints, la mobilité des enseignants, les incubateurs et les réseaux de jeunes entrepreneurs. La jeunesse ne doit pas seulement bénéficier de la coopération, elle doit en devenir l’actrice principale.
Des relations vécues par nos peuples
La culture, la mobilité et le sport occupent également une place essentielle dans le rapprochement entre nos sociétés.
Le Maroc et le Sénégal disposent de traditions cinématographiques, musicales, littéraires et artistiques d’une grande richesse. Les coproductions, les festivals communs, les résidences d’artistes, les traductions et les échanges entre musées doivent être encouragés.
La profondeur de la relation se mesure aussi à la densité des liens humains : Sénégalais établis ou formés au Maroc, Marocains résidant au Sénégal, étudiants, commerçants, médecins, entrepreneurs et familles mixtes. Ces communautés font vivre quotidiennement la relation bilatérale.
Le sport constitue, lui aussi, un puissant vecteur de rapprochement. Le football peut susciter des émotions fortes, mais un match dure quatre-vingt-dix minutes, tandis que l’amitié entre le Maroc et le Sénégal se mesure à l’échelle des siècles.
Il convient de saluer la hauteur de vue des autorités de nos deux pays, ainsi que le sens des responsabilités des institutions, des médias et des leaders d’opinion qui ont su faire prévaloir la raison face aux amalgames et aux tentatives d’instrumentalisation.
Cette confiance s’est récemment illustrée par la Grâce accordée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, aux Gaindés sénégalais, à la demande de son frère le Président Bassirou Diomaye Faye. Le Chef de l’État sénégalais a publiquement exprimé sa gratitude au Souverain, saluant un acte de haute bienveillance et de fraternité.
Cette solidarité s’exprime également à travers l’appui apporté par le Maroc à la préparation des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026. Elle trouve un prolongement naturel dans la coorganisation, par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, de la Coupe du monde de football 2030.
Capitaliser et agir
L’histoire a légué au Maroc et au Sénégal une relation exceptionnelle et notre devoir est désormais de lui donner un avenir à la hauteur de son héritage.
La fidélité à nos acquis ne signifie pas l’immobilité, au contraire, elle nous oblige à renouveler nos formes de coopération et à transformer la confiance accumulée en projets porteurs de prospérité partagée.
Nos peuples frères ne nous demandent pas seulement de célébrer leur proximité. Ils attendent de nous que nous donnions à cette relation d’exception une traduction toujours plus concrète, en la faisant vivre, en l’enrichissant et en l’adaptant aux défis de notre temps. Nos relations n’ont pas besoin d’être inventées ; elles doivent être approfondies, consolidées et constamment renouvelées.
Capitaliser sur leur force, c’est préserver leur âme.
Consolider leurs acquis, c’est servir nos peuples.
Les projeter vers la jeunesse, c’est construire ensemble l’avenir.
Par Son Excellence Monsieur Hassan Naciri, Ambassadeur de Sa Majesté le Roi au Sénégal
Tribune publiée à l’occasion de la Fête du Trône 2026







