Présentée comme une boussole pour la réconciliation nationale, la Charte pour la paix remise mardi 22 juillet à Assimi Goïta arrive tardivement et suscite déjà des interrogations sur son adoption et son efficacité.
Avec près de quatre mois de retard sur le calendrier initial, le président de la Transition malienne, le Général Assimi Goïta, a reçu mardi à Bamako le projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation, fruit d’un processus local présenté comme une alternative souveraine à l’accord d’Alger dénoncé par les autorités en janvier 2024. Ce texte fondateur, salué comme un « jalon historique » par ses auteurs, suscite déjà interrogations sur sa portée concrète.
Initialement attendu en mars 2025, le document a été remis ce mardi lors d’une cérémonie officielle au Centre international de conférences de Bamako (CICB). En présence de membres du gouvernement, de leaders religieux et coutumiers, d’élus et de représentants de la société civile, le président de la Commission de rédaction a expliqué ce décalage par « le souci d’inclure toutes les voix », évoquant des consultations prolongées et des débats « vifs mais constructifs ».
Cette Charte, ont insisté ses initiateurs, est conçue comme un instrument pour tourner la page de « modes de résolution importés » et répondre aux critiques adressées à l’accord d’Alger, signé en 2015 sous médiation internationale et dénoncé pour son inefficacité et son manque d’ancrage local.
Le texte remis au président se compose de 16 titres, 39 chapitres et 106 articles. Il prévoit des mécanismes concrets pour résoudre les conflits communautaires, assister les victimes, réintégrer les ex-combattants et développer les zones marginalisées. Il réaffirme également l’unité et l’indivisibilité de l’État et inscrit la réconciliation dans une logique de souveraineté nationale.
La commission a souligné que les consultations avaient impliqué toutes les régions, le district de Bamako, la diaspora et des associations, pour assurer la légitimité et la représentativité du texte.
Cette remise intervient dans un climat politique et sécuritaire fragile : dissolution récente des partis politiques, tensions armées dans le nord et le centre du pays, intensification des attaques jihadistes et méfiance vis-à-vis des médiations étrangères. Depuis la dénonciation de l’accord d’Alger, certaines factions rebelles ont repris les hostilités, accentuant la pression sur le gouvernement.
Le Premier ministre a qualifié la Charte de « rendez-vous avec la souveraineté », affirmant qu’elle incarne la volonté des Maliens de « reprendre en main leur destin ». Pourtant, des voix critiques s’interrogent sur la faisabilité de ses dispositions et sur les moyens qui seront mis en œuvre pour les appliquer. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, plusieurs observateurs ont déjà pointé l’absence d’un calendrier clair pour son adoption et son opérationnalisation.
Le texte doit encore être examiné par les institutions compétentes. Le gouvernement n’a pas précisé si son adoption passera par un vote parlementaire, un décret présidentiel ou un référendum national. Plusieurs sources évoquent la possibilité d’un vote populaire d’ici à la fin de l’année pour une plus grande adhésion au projet.
La commission a exhorté les autorités à prolonger la méthode inclusive qui a guidé la rédaction du texte. Elle a également rappelé que cette Charte ne devait pas rester un simple document symbolique, mais servir de socle juridique et politique pour un processus de réconciliation crédible et durable.
En remettant le document, le président de la commission a parlé d’une « boussole pour les générations présentes et futures », tandis qu’Assimi Goïta a salué « un travail exemplaire et indispensable pour rebâtir la cohésion nationale ».
MD/ac/Sf/APA






