Ancienne internationale, entraîneure, consultante et responsable du développement du football féminin à la Fédération sénégalaise de football (FSF), Walimata Sèye poursuit son combat pour l’essor de la discipline au Sénégal. Rencontre avec une passionnée qui refuse de se fixer des limites.
À quelques heures d’un rendez-vous décisif pour les Lions du Sénégal face à la Norvège au Mondial 2026, le calme règne encore au siège de la Fédération sénégalaise de football (FSF), à la cité Keur Gorgui. Dans l’imposant immeuble qui accueille ce jour peu de monde, nous rencontrons, lundi 22 juin vers midi, Walimata Sèye dans son bureau du Département du football féminin.

Tenue décontractée, coiffure à la Nelson Mandela, lunettes correctrices posées sur le nez, la quadragénaire affiche une simplicité qui contraste avec la richesse de son parcours. Chez elle, rien ne semble forcé. Tout paraît naturel, à commencer par cette passion du football.
Une pionnière du football féminin
Ancienne internationale sénégalaise, Walimata Sèye appartient à cette génération de pionnières qui ont contribué à ouvrir la voie au football féminin dans un environnement longtemps dominé par les hommes. Formée dans les rues de Ouakam, elle a évolué notamment aux Sirènes de Dakar, avec lesquelles elle a remporté plusieurs trophées nationaux, avant de poursuivre sa carrière en France sous les couleurs de l’ASPTT Albi.
« Représenter le Sénégal reste l’une de mes plus grandes fiertés », confie-t-elle en évoquant une carrière marquée par les titres, mais aussi par une grave blessure au genou qui a précipité sa reconversion.
Loin de l’éloigner des terrains, cet épisode l’a poussée vers d’autres fonctions. D’abord entraîneure, puis consultante et commentatrice sportive, elle a multiplié les casquettes sans jamais quitter l’univers du football.
« Le football ne se limitait pas à jouer. C’était l’endroit où je pouvais m’exprimer sans limites », explique celle qui voit dans le coaching un prolongement naturel de sa passion et un moyen de transmettre son expérience aux plus jeunes.
Son passage par l’Europe a profondément modifié sa compréhension du jeu. Elle y découvre les exigences du très haut niveau, la rigueur tactique et la culture de la performance.
« Cela a tout changé dans ma manière de voir le football », résume-t-elle.
Aujourd’hui, Walimata Sèye participe activement à la structuration du football féminin sénégalais. Après trois années à la tête de la sélection nationale U15, elle se félicite d’avoir contribué à faire émerger plusieurs générations de joueuses qui alimentent désormais les catégories supérieures et, pour certaines, l’équipe nationale A. Elle a contribué à la victoire de la sélection U20 féminine, sacrée en mai 2026 après son succès 3-0 face à la Guinée-Bissau, symbole de la progression du football féminin sénégalais.
Briser les plafonds
Selon elle, le football féminin a considérablement progressé au Sénégal grâce à la mise en place de championnats structurés et à la création de sélections dans plusieurs catégories d’âge. Mais la marge de progression demeure importante, notamment en matière de visibilité médiatique.
« Il y a encore beaucoup de choses à faire », estime-t-elle.
Interrogée sur l’idée de diriger un jour l’équipe nationale masculine, dans un milieu où les postes techniques de premier plan restent majoritairement occupés par des hommes, elle refuse de se fixer des barrières.
« Je ne me fixe pas de limites. Pour moi, la limite, c’est le ciel », lance-t-elle avec assurance.
Quelques heures avant le coup d’envoi du match Sénégal-Norvège, finalement perdu 3-2 par les Lions, l’ancienne internationale s’est montrée néanmoins optimiste sur les capacités du football sénégalais à rebondir. Elle insiste sur la nécessité d’améliorer l’efficacité offensive, un détail qui, selon elle, fait souvent la différence au plus haut niveau.
Études et sport, une même trajectoire
Au-delà du football, Walimata Sèye défend aussi l’importance de la formation académique. Diplômée en banque, finance et assurance, elle a complété son parcours par plusieurs formations dans les domaines du sport, de la logistique et de la gestion de projets.
Pour elle, études et sport doivent avancer de pair. « Dans le football, il y a beaucoup d’appelés mais très peu d’élus », rappelle-t-elle, invitant les jeunes joueuses à préparer l’après-carrière tout en poursuivant leurs rêves.
Le message qu’elle adresse à celles qui ambitionnent de suivre son chemin tient en quelques mots : croire en soi, travailler sans relâche et ne jamais céder face aux obstacles.
Une philosophie qui résume à elle seule le parcours de cette femme pour qui le football est bien plus qu’un sport : une vocation.
AC/Sf/APA







