Face à une crise éducative persistante marquée par des financements en berne et des millions d’enfants non scolarisés, les acteurs de la société civile, réunis à Dakar, appellent à un sursaut et à un rôle renforcé de la société civile pour transformer les systèmes d’enseignement.
Les acteurs clés de l’éducation en Afrique ont tiré la sonnette d’alarme, ce mardi 16 décembre à Dakar, sur l’état préoccupant des systèmes éducatifs du continent. À l’ouverture du 14e Forum régional sur les politiques éducatives, organisé par le Réseau Africain de Campagne pour l’Éducation Pour Tous (ANCEFA, sigle anglais), dirigeants et experts ont pointé du doigt une baisse d’attention et de financements, menaçant les progrès vers une éducation de qualité pour tous.
Malgré des avancées, « les progrès vers la réalisation de l’Objectif de développement durable 4 (ODD4) en Afrique demeurent insuffisants », a souligné Samuel Dembélé, Président du Conseil d’Administration de l’ANCEFA, regrettant que « près de neuf enfants sur dix n’acquièrent pas les compétences minimales en lecture et en mathématiques après quatre années de scolarité. »
Les défis sont multiples : plus de 100 millions d’enfants hors du système éducatif, des inégalités persistantes, une exclusion massive des enfants en situation de handicap, et l’impact des conflits et des crises.
Cette situation est aggravée par un déficit estimé à près de 17 millions d’enseignants nécessaires pour atteindre l’éducation universelle, ainsi que par « la restriction de l’espace civique dans plusieurs pays », a relevé Solange Akpo, Coordonnatrice régionale de l’ANCEFA, notant la pression démographique et l’insuffisance des investissements étatiques pour combler les déficits.
Le financement, nerf de la guerre
Le financement constitue la préoccupation centrale des intervenants. M. Dembélé a dénoncé « une baisse de l’attention accordée au secteur de l’éducation et une réduction drastique des financements », liée au recentrage des gouvernements et aux crises internationales, ainsi qu’à « l’endettement croissant de nombreux pays africains. »
Khady Diop Mbodji, Directrice de Cabinet du ministre sénégalais de l’Éducation nationale, a insisté sur la nécessité de transformer les engagements en actes. « L’objectif d’allouer au moins 6 % du PIB et 20 % du budget national à l’éducation ne doit pas demeurer une simple déclaration d’intention. Il s’agit d’un impératif de souveraineté », a-t-elle affirmé.
Elle a appelé la société civile à jouer un rôle crucial pour « veiller à la justice fiscale et à l’utilisation efficiente des ressources. »
La société civile et les enseignants au cœur des solutions
Face à ce tableau, les intervenants ont unanimement placé la société civile en « avant-garde de la transformation ». « Vous n’êtes pas de simples observateurs : vous êtes des coproducteurs de savoirs et des partenaires critiques essentiels », a déclaré Mme Diop Mbodji aux représentants de la société civile.
Le rôle de la société civile est jugé déterminant pour intensifier le dialogue avec les gouvernements, accompagner les ministères et travailler avec les parlements pour garantir des financements « suffisants, prévisibles et durables. »
La valorisation de la profession enseignante a également été érigée en priorité absolue. « Il ne saurait y avoir de système éducatif performant sans des enseignants valorisés, respectés et soutenus », a martelé la représentante du ministre sénégalais, annonçant la formation de 105 000 enseignants aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle dès cette rentrée.
Une feuille de route pour la décennie
Ce forum, qui se tient à la charnière du lancement de la nouvelle Stratégie continentale de l’éducation (CESA) 2026-2035 et de la Décennie d’action accélérée de l’Union africaine, vise à « actualiser, ajuster et repenser le plaidoyer ».
Les pistes évoquées incluent un investissement massif dans la formation des enseignants, l’africanisation des contenus éducatifs, le renforcement des compétences fondamentales et l’adaptation aux métiers d’avenir dans une perspective de justice climatique.
Des mécanismes de financement innovants, comme une fiscalité progressive ou les processus de restitution des ressources, ont également été présentés comme des leviers à exploiter.
ARD/ac/Sf/APA







