Le jeune peintre dakarois Makh Pro Painting mise sur la performance en direct pour partager son art et toucher un large public.
À Gueule Tapée, quartier populaire de Dakar, Maha Seck, alias Makh Pro Painting, nous a accueillis sur la terrasse qu’il transforme chaque jour en atelier à ciel ouvert. Lorsque nous arrivons, le tableau est encore nu. Sous nos yeux, il donne vie au visage de Nelson Mandela, coup de pinceau après coup de pinceau, maniant tour à tour une carte de l’Afrique en carton, une tige de fleurs en caoutchouc ou simplement ses doigts et ses paumes.
« La carte de l’Afrique et ces fleurs, c’est pour rendre hommage à Mandela. Il a beaucoup fait pour notre continent et montré le chemin de la réussite », explique l’artiste, vêtu d’une salopette bleu ciel.
Il débute sa toile par la lumière qu’il pose en blanc, avant de la « casser » avec le noir pour faire émerger le portrait. « Comme pour construire une maison, il faut un plan et des repères », dit-il.
Depuis l’enfance, Maha Seck dessine et peint. Élève en série S2, il est exclu de l’école en classe de Première — un tournant qui l’amène à se consacrer entièrement à l’art.
« Mon père et mon grand-père ne croyaient pas que l’art était un vrai métier. Mais je n’ai jamais lâché. Chaque mot dur me donnait plus de force », confie-t-il.
À l’aise dans plusieurs registres, l’artiste de 25 ans a choisi le live performance painting pour partager son processus créatif. « Ce mode d’expression me permet de montrer le geste, le mouvement et d’interagir avec le public », explique-t-il.
Maha Seck a déjà réalisé plusieurs performances, notamment pour le ministère de la Culture, l’ambassadrice de Turquie ou encore lors du lancement du film consacré à l’écrivaine Mariama Bâ. « J’ai été bien payé pour certaines prestations, mais pour moi, l’art n’a pas de prix. Celui qui achète un tableau paie ce qu’il ressent », dit-il.
Pour diffuser son travail, il mise sur les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, les gens ne regardent plus la télé. Avec une vidéo, un million de personnes peuvent voir ton art », affirme-t-il.

Le jeune artiste délivre aussi un message à ses pairs : « Soyez patients, ne vous précipitez pas. L’art demande du temps, de la solitude et du courage. » Il invite les autorités à soutenir davantage les jeunes créateurs, « capables de porter l’art sénégalais dans le monde ».
Maha Seck se définit comme un artiste-peintre performeur, transformant chaque tableau en œuvre vivante, portée par ses gestes, son inspiration et son désir de communiquer avec le public, au Sénégal comme ailleurs.
En suivant ces principes de patience, de solitude et de courage, chaque geste de Maha Seck dépasse le simple tableau pour devenir un message vivant. Son art ne se limite pas à lui-même : il incarne la promesse d’un Sénégal capable de rayonner dans le monde, où chaque jeune créateur peut, à sa manière, transformer l’inspiration en action et la passion en héritage.
AC/Sf/APA






