La cartographie de son économie permet à Alger de revendiquer un engagement dans la transparence, tout en évitant soigneusement de remettre en cause les véritables foyers de corruption et de clientélisme qui gangrènent son économie.
L’Algérie vient de publier une vaste cartographie des risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, couvrant plus de 173 000 entreprises, 137 000 associations et près de 15 000 fondations. Derrière l’apparente rigueur de cet exercice inédit, présenté comme une démarche proactive et conforme aux standards de la Banque mondiale, se dessinent surtout les faiblesses structurelles d’un système économique dominé par l’informel et marqué par une gouvernance opaque.
En mobilisant le Centre national du registre du commerce (CNRC), la Banque d’Algérie, les douanes, les impôts et même la Défense, Alger entend afficher une détermination institutionnelle. Mais cette mobilisation spectaculaire ressemble davantage à une opération de communication internationale qu’à une réforme de fond. Car si l’État reconnaît la diversité de son tissu économique, il passe sous silence l’ampleur de l’économie informelle, qui représenterait selon plusieurs estimations jusqu’à 40 % du PIB. Une zone grise qui demeure le principal vecteur de blanchiment et d’évasion fiscale, mais que le rapport n’aborde qu’en marge.
Le rapport classe les sociétés à responsabilité limitée (SARL), les sociétés par actions ou encore les sociétés civiles comme entités à « risque modéré », tout en qualifiant les entreprises individuelles, associations et entreprises publiques de « faible risque ».
Cette distinction interroge : l’expérience régionale et internationale montre que les associations ou fondations peuvent aussi servir de relais à des financements occultes, en particulier dans un pays où le contrôle administratif reste faible et souvent instrumentalisé. La complaisance affichée vis-à-vis des entreprises publiques industrielles et commerciales, au cœur d’affaires de corruption notoires ces dernières années, traduit surtout une volonté politique d’éviter de mettre en cause les bastions économiques de l’État.
La méthode adoptée, inspirée par la Banque mondiale, se veut moderne : analyse des menaces, évaluation des vulnérabilités, centralisation des données. Mais l’efficacité de ce dispositif repose sur l’indépendance des organes de contrôle et la crédibilité des institutions judiciaires. Or, la justice algérienne reste marquée par une instrumentalisation politique, tandis que la Banque d’Algérie est elle-même contestée pour son manque d’autonomie.
L’initiative risque donc de demeurer une coquille vide, davantage conçue pour satisfaire les standards internationaux et éviter d’être placée sous surveillance renforcée du GAFI, que pour instaurer une véritable culture de la transparence.
En pleine crise de confiance vis-à-vis des investisseurs étrangers, Alger tente de redorer son image en affichant sa volonté de se conformer aux normes internationales. Mais cette cartographie ne saurait masquer l’absence de réformes structurelles : faible diversification hors hydrocarbures, corruption endémique, bureaucratie paralysante et instabilité réglementaire. À l’heure où ses voisins, comme le Maroc ou la Tunisie, multiplient les initiatives pour attirer capitaux et partenariats, l’Algérie cherche avant tout à convaincre qu’elle reste un acteur économique fréquentable. Le fossé demeure toutefois béant entre les annonces officielles et la réalité quotidienne d’un système économique verrouillé.
MK/ac/Sf/APA






