Malgré la rhétorique officielle sur la « diversification économique » en Algérie, le PLF 2026 confirme la centralité du secteur public et la dépendance à la rente pétrolière, dans un contexte de volatilité des cours mondiaux.
Présenté comme un texte de « résilience économique » et de « consolidation sociale », le projet de loi de finances (PLF) 2026 examiné par la Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN) algérienne illustre une nouvelle fois les limites d’une politique économique fondée sur la dépense publique et la rente. Les auditions du directeur général du Budget, Hadj Amri, et du directeur général du Trésor, Hadj Mohamed Sebaa, ont révélé un cadrage budgétaire essentiellement redistributif, sans vision claire de réforme structurelle.
Selon les chiffres communiqués, le gouvernement prévoit une enveloppe colossale de 657,65 milliards de dinars algériens (environ 4,5 milliards d’euros) consacrée aux subventions des produits de base, dont 331 milliards pour les céréales, 96 milliards pour le lait, et 100 milliards pour stabiliser les prix du sucre, de l’huile et du café vert. À ces montants s’ajoutent plus de 106 milliards pour subventionner la production d’eau dessalée, dans un pays en crise hydrique chronique, et 24 milliards pour l’énergie. Ces transferts massifs témoignent d’une dépendance persistante à la dépense publique, sans ciblage ni réforme du système de compensation, alors même que les institutions financières internationales appellent depuis plusieurs années à une rationalisation des subventions.
En matière d’emploi, le PLF 2026 prévoit près de 98 000 recrutements, dont 45 000 dans l’éducation nationale, confirmant la priorité donnée à la fonction publique. Cette politique d’embauche, plus politique qu’économique, alourdit une masse salariale déjà estimée à plus de 35 % des dépenses budgétaires, au détriment de l’investissement productif. Le gouvernement justifie ces créations de postes par la nécessité de préserver la cohésion sociale, mais sans articulation avec une stratégie de diversification réelle hors hydrocarbures.
Le directeur général du Trésor, Hadj Mohamed Sebaa, a également mis en avant des mesures « incitatives », notamment la réduction à 0 % du taux d’intérêt sur certains prêts immobiliers pour des catégories de fonctionnaires, définies ultérieurement par décret. Une mesure électoraliste, selon plusieurs observateurs, dans un contexte de tensions sociales et de perte de pouvoir d’achat. Elle s’ajoute à d’autres instruments de financement « innovants », comme les sukuks souverains, que le gouvernement présente comme une alternative aux financements classiques, mais qui peinent encore à séduire les investisseurs en raison d’un climat économique incertain et d’un cadre réglementaire opaque.
Le Trésor public a, par ailleurs, mobilisé plus de 8 100 milliards de dinars (56 milliards d’euros) pour financer 329 projets publics, dont la majorité dans les infrastructures et les transports. Pour 2026, une hausse de 687 milliards de dinars est prévue, notamment pour les projets ferroviaires, énergétiques et hydriques. Cependant, ces investissements massifs interviennent sans évaluation publique de leur rentabilité ni suivi d’exécution, dans un pays où les retards et les surcoûts restent récurrents.
Malgré la rhétorique officielle sur la « diversification économique », le PLF 2026 confirme la centralité du secteur public et la dépendance à la rente pétrolière, dans un contexte de volatilité des cours mondiaux. L’absence de réforme fiscale, la faible productivité des entreprises publiques et la marginalisation du secteur privé limitent la capacité du pays à générer une croissance durable.
MK/ac/Sf/APA







