À l’Assemblée populaire nationale, l’examen du projet de loi organique sur les formations politiques progresse au rythme d’auditions partisanes largement consensuelles, mais sans dissiper les interrogations sur la portée réelle de la réforme.
L’examen du projet de loi organique relatif aux partis politiques est entré dans une phase dite décisive à l’Assemblée populaire nationale (APN), avec la poursuite des auditions des formations politiques par la commission des affaires juridiques, administratives et des libertés.
Officiellement présentée comme un exercice de consultation et d’ouverture, cette séquence parlementaire met surtout en lumière un alignement discursif des partis institutionnels, dans un contexte marqué par une faible crédibilité de la vie partisane et une défiance persistante de l’opinion publique.
Le Front de libération nationale (FLN), auditionné en début de semaine, a qualifié le projet de texte de « fondamental » pour l’ancrage du pluralisme et la consolidation de la pratique démocratique. Son représentant, Mohamed Kennai, a insisté sur le fait que le projet aurait intégré plusieurs propositions issues des partis.
Une lecture qui reste prudente : le FLN a appelé à clarifier ou réexaminer certaines dispositions sensibles, notamment celles liées au financement des partis, à la distinction entre action partisane et associative, ou encore au rôle des formations dans la désignation des listes électorales.
Autant de points déjà présents dans les précédentes lois, sans que leur mise en œuvre n’ait permis de revitaliser durablement le champ politique.
Le même registre a été adopté par le Rassemblement national démocratique (RND). Son groupe parlementaire a salué un texte présenté comme un « pilier » du pluralisme et de l’État de droit, tout en affirmant avoir soumis des propositions visant à améliorer l’équilibre et la rédaction du projet.
L’accent mis sur la participation des jeunes, des femmes et de la diaspora apparaît, là encore, comme une constante du discours politique, souvent répétée mais rarement traduite par des mécanismes contraignants ou mesurables.
De son côté, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a accueilli favorablement l’ouverture du débat, y voyant une opportunité de corriger les « dysfonctionnements existants ». Son représentant a plaidé pour un dialogue national élargi, sans toutefois préciser les garanties concrètes permettant d’éviter que cette réforme ne se limite à un ajustement technique du cadre juridique existant.
En marge des auditions officielles, le Front des forces socialistes (FFS) a adopté une posture plus réservée. Son premier secrétaire, Youcef Aouchiche, a reconnu certaines avancées par rapport à la version initiale du texte, soulignant que plusieurs amendements rejoignent les propositions formulées par son parti auprès de la présidence de la République.
Il a néanmoins conditionné toute prise de position définitive à l’examen de la version finale, tout en rappelant un point central : la nécessité de garantir la non-ingérence de l’administration dans la vie interne des partis.
Au-delà des déclarations, ces consultations soulèvent une question récurrente : le projet de loi organique marquera-t-il une rupture réelle avec les cadres juridiques antérieurs, souvent critiqués pour avoir encadré, voire neutralisé, l’action partisane ? À ce stade, le consensus affiché masque difficilement l’enjeu central : restaurer la crédibilité d’un pluralisme politique affaibli, dans un paysage où les règles changent plus souvent que les pratiques.
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