Les autorités algériennes présentent la campagne céréalière 2026 comme un tournant «historique», avec plus de 24 millions de quintaux de blé dur attendus, mais cette annonce repose encore largement sur des projections et ne suffit pas à effacer les fragilités structurelles de l’agriculture du pays.
La production algérienne de blé dur devrait dépasser 24 millions de quintaux, soit 2,4 millions de tonnes, tandis que celle d’orge franchirait 9 millions de quintaux (900 000 tonnes), selon les estimations relayées autour de la campagne moisson-battage 2026. Ces volumes sont présentés comme suffisants pour couvrir les besoins nationaux dans ces deux catégories, au point d’évoquer une autosuffisance «historique» depuis l’indépendance.
L’affirmation mérite toutefois d’être relativisée. D’abord parce qu’il s’agit de prévisions, alors que la campagne n’est pas totalement consolidée. Ensuite parce que l’autosuffisance évoquée concerne spécifiquement le blé dur et ne signifie nullement que l’Algérie aurait réglé la question beaucoup plus large de sa dépendance céréalière, notamment pour les autres catégories de blé.
Le discours triomphaliste masque également un paradoxe: la performance annoncée est attribuée en grande partie aux importantes précipitations enregistrées cette saison. Or cette dépendance persistante à la pluviométrie souligne précisément la vulnérabilité du modèle agricole. Le retour des bonnes récoltes dans l’Ouest et les Hauts-Plateaux intervient après plusieurs années de sécheresse ayant fortement affecté les rendements. Une mauvaise campagne climatique pourrait donc rapidement inverser la tendance.
Autre signe des limites persistantes de la filière: l’abondance annoncée exerce déjà, selon les informations communiquées, une forte pression sur les infrastructures de stockage. L’État a dû renforcer les centres de collecte, développer des silos de proximité et mobiliser davantage de moissonneuses-batteuses. L’ampleur de cette mobilisation montre que produire davantage ne règle pas automatiquement les problèmes de collecte, de conservation et de transformation.
Les affirmations concernant la «qualité» exceptionnelle de la récolte restent par ailleurs difficiles à apprécier en l’absence, à ce stade, de données détaillées sur les rendements moyens, les superficies effectivement récoltées ou les volumes définitivement collectés.
La campagne 2026 pourrait donc constituer une amélioration importante pour l’agriculture algérienne. Mais présenter dès maintenant l’Algérie comme étant aux portes d’une souveraineté alimentaire durable relève davantage d’un récit politique volontariste que d’une réalité structurelle définitivement établie. Une seule bonne campagne, fortement favorisée par la pluie, ne suffit pas à démontrer la transformation durable d’un système agricole.
MK/AK/Sf/APA







