La Tunisie veut transformer une industrie automobile largement tournée vers la sous-traitance européenne en véritable filière de construction nationale.
L’ambition industrielle est forte pour la Tunisie qui veut transformer son industrie automobile, mais se heurte à un déficit de capitaux, de maîtrise technologique et surtout de capacité à remonter la chaîne de valeur.
Avec près de 280 entreprises, quelque 120 000 emplois selon le périmètre retenu et 3,9 milliards d’euros d’exportations en 2025, l’industrie tunisienne des composants automobiles dispose d’une base importante. Faisceaux de câbles, électronique, textiles techniques et composants mécaniques sont notamment destinés aux constructeurs européens, en particulier allemands et français.
Cette implantation constitue pourtant aussi la principale faiblesse du modèle tunisien : le pays demeure essentiellement un maillon industriel au service de donneurs d’ordre étrangers. Une part déterminante de la conception, des technologies, des marques et donc de la valeur stratégique reste contrôlée hors de Tunisie. Les performances à l’exportation traduisent ainsi davantage la puissance de la sous-traitance que l’émergence d’une industrie automobile autonome.
C’est précisément ce verrou que Tunis entend désormais faire sauter. Dorra Borji, représentante du ministère du Commerce et du Développement des exportations, a évoqué l’ambition de passer de la fabrication de composants à la conception, l’assemblage et la commercialisation de véhicules sous marque tunisienne.
Mais le fossé reste considérable. Construire des composants suivant les spécifications d’un constructeur international ne signifie pas disposer des capacités nécessaires pour développer un véhicule complet. Recherche et développement, ingénierie, logiciels embarqués, homologation, financement industriel, propriété intellectuelle, commercialisation et service après-vente constituent autant de domaines où la Tunisie devra bâtir des compétences et mobiliser des capitaux considérables.
Les objectifs gouvernementaux sont pourtant élevés : porter les exportations sectorielles à 13,5 milliards de dinars à l’horizon 2027, atteindre 150 000 emplois directs et indirects et attirer, à partir de 2027, 300 millions de dollars d’investissements ciblés sur la mobilité électrique, notamment autour du projet «Automotive Smart City».
Le risque serait toutefois de confondre croissance de la sous-traitance et transformation industrielle. Une hausse des exportations de composants ne suffit pas à faire émerger un constructeur national.
Pour Tunis, la bataille décisive sera donc celle de l’exécution. Face aux groupes mondiaux disposant de budgets de recherche et de capacités industrielles sans commune mesure, une éventuelle marque tunisienne devra probablement privilégier des niches — véhicules électriques légers, utilitaires urbains ou modèles destinés aux marchés africains.
Au-delà des annonces et des prototypes, un seul test permettra finalement de mesurer la réalité de cette ambition : parvenir à concevoir, financer, homologuer, produire en série et vendre durablement un véhicule tunisien.
MK/AK/Sf/APA







