Le 27 mai renvoie à deux des épisodes les plus marquants et traumatiques de l’histoire politique africaine contemporaine : la confirmation de la victoire électorale des nationalistes afrikaners en Afrique du Sud en 1948, prélude à l’apartheid, et le déclenchement, en Angola en 1977, d’une purge sanglante encore largement taboue dans la mémoire nationale.
Le 27 mai occupe une place particulière dans l’histoire politique africaine moderne à travers plusieurs événements liés aux systèmes autoritaires, aux luttes de pouvoir postcoloniales et aux grandes transformations institutionnelles du continent.
En Afrique du Sud, le dépouillement des élections générales organisées le 26 mai 1948 confirme, le 27 mai, la victoire du Parti national dirigé par Daniel François Malan. Avec son allié, le Parti afrikaner, le camp nationaliste obtient la majorité parlementaire malgré un nombre de voix inférieur à celui du bloc conduit par le Premier ministre sortant Jan Smuts.
Ce basculement politique ouvre la voie à la mise en place progressive du système d’apartheid, architecture légale de ségrégation raciale destinée à institutionnaliser la domination de la minorité blanche sur les populations noires, métisses et indiennes d’Afrique du Sud.
Parmi les premières grandes lois adoptées par le gouvernement Malan figurent l’interdiction des mariages mixtes, le renforcement des lois sur les relations interraciales et les dispositifs de classification raciale qui structureront durablement la société sud-africaine jusqu’aux élections multiraciales de 1994.
Le 27 mai reste également associé à l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire angolaise contemporaine.
Le 27 mai 1977, une tentative de soulèvement interne éclate au sein du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1975. Des éléments militaires liés à l’ancien ministre de l’Intérieur Nito Alves prennent brièvement le contrôle de sites stratégiques à Luanda, notamment la radio nationale, et appellent à un soulèvement contre le président Agostinho Neto.
Les forces loyalistes, soutenues par les troupes cubaines présentes en Angola, reprennent rapidement le contrôle de la capitale. La répression qui suit prend une ampleur considérable. Des milliers de personnes accusées de « fractionnisme » sont arrêtées, exécutées ou portées disparues dans les mois suivants.
Amnesty International évoque au moins 30 000 morts, tandis que certaines estimations non officielles avancent des chiffres plus élevés. Pendant plusieurs décennies, le sujet demeure largement absent du récit officiel angolais. Dans la mémoire collective, l’événement reste simplement désigné comme « o 27 de Maio ».
Sous la présidence de João Lourenço, arrivé au pouvoir en 2017, les autorités angolaises commencent progressivement à reconnaître publiquement les violences commises durant cette période et à engager un travail de mémoire sur les disparitions et exécutions extrajudiciaires.
Le 27 mai correspond également à une étape importante dans l’histoire de la Corne de l’Afrique. Le 27 mai 1993, l’Érythrée devient officiellement membre des Nations Unies après son indépendance vis-à-vis de l’Éthiopie, reconnue à la suite d’un référendum organisé après plusieurs décennies de guerre.
Au Nigéria, le 27 mai 2011 marque la prestation de serment de Goodluck Jonathan pour son premier mandat présidentiel complet après son élection à la tête du pays le plus peuplé d’Afrique.
La date comporte aussi une forte portée symbolique dans les débats historiques africains contemporains. Les événements du 27 mai 1977 en Angola sont souvent rapprochés d’autres épisodes de violences politiques internes ayant marqué l’histoire postindépendance du continent, notamment la Terreur rouge en Éthiopie ou les violences du Gukurahundi au Zimbabwe.
Sf/APA






