Une avancée historique vient d’être franchie dans les relations bilatérales entre la Côte d’Ivoire et le Mali, grâce un consensus majeur, portant sur plus de 90 % du tracé de leur frontière commune.
A l’occasion de la Journée Africaine des Frontières (JAF 2026), célébrée les 17 et 18 juin 2026 à N’Gandana, localité ivoirienne située à la frontière malienne, les populations et les autorités administratives des deux pays se sont retrouvées dans un élan de fraternité.
L’absence d’une démarcation définitive a longtemps alimenté les conflits fonciers et les tensions entre éleveurs et agriculteurs lors des transhumances. Pour clore ce chapitre, les deux États collaborent intensément depuis quatre ans.
Diakalidia Konaté, le secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNF-CI), a fait observer une réalité que vivent chaque jour les communautés dans les espaces frontaliers : « la réalité des conflits fonciers, la réalité des tensions entre agriculteurs et éleveurs, et la transhumance transfrontalière insuffisamment encadrée ».
Il a également souligné « la réalité des difficultés d’accès aux infrastructures de base, la réalité de la vulnérabilité des femmes et des jeunes », tout en rassurant que « nous sommes venus aujourd’hui avec une conviction forte : aucune fatalité ne doit s’imposer à nos frontières. »
« Nous refusons que les frontières soient des espaces de tensions. Nous refusons qu’elles soient des espaces de méfiance. Nous refusons qu’elles soient des espaces de division. Nous voulons qu’elles deviennent des espaces de paix. Des espaces de solidarité. Des espaces d’opportunités », a-t-il lancé.

« Sur la délimitation de la frontière, les différends qui surgissent parfois entre nos communautés sont souvent liés à la question foncière. Nous savons également que ces difficultés sont amplifiées par l’absence de démarcation définitive de la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali », a-t-il rappelé.
« Depuis quatre années, nos deux États travaillent ensemble avec méthode, sérénité et détermination. Nos Gouvernements nous ont confié une mission historique : celle de définir clairement notre frontière commune afin d’offrir aux générations futures un espace de stabilité et de sécurité », a-t-il fait savoir.
« Et je peux vous l’affirmer : nous sommes aujourd’hui très avancés dans ce processus. Plus de 90 % du tracé ont déjà fait l’objet d’un accord entre les deux parties. Très prochainement, une rencontre à Bamako nous permettra d’achever ce travail remarquable. Nous pourrons alors franchir une étape historique avec la signature du Traité de délimitation, de démarcation et de bornage de la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali », a-t-il affirmé.
Pour lui, cette « avancée ne sera pas seulement un succès diplomatique. Elle sera une victoire pour les populations ; une victoire pour la paix. ; une victoire pour la stabilité et une victoire pour le développement ».
Cette annonce a été chaleureusement accueillie par la délégation malienne, conduite par Diakité Bakary, préfet du Cercle de Kadiolo. Ce dernier a qualifié l’événement de mémorable, rappelant qu’il n’existe aucune frontière culturelle réelle entre les deux peuples.
Le préfet du Cercle de Kadiolo (Mali), chef de la délégation malienne, Diakité Bakary, a, après le défilé des communautés ivoiriennes et maliennes, déclaré que « c’est un jour mémorable. C’est rare de voir une telle cérémonie au niveau de nos frontières. »
« Ce que j’ai vu, illustre d’une bonne entente entre nos deux peuples », a-t-il dit. Toutefois, Diakité Bakary a martelé que le comportement des politiques guide l’attitude des peuples, ce qui fait que « nous sommes divisés avec les idées utopiques qui ne reflètent pas nos cultures ».

« Il n’y a pas de frontière entre le Mali et la Côte d’Ivoire », a affirmé Diakité Bakary, tout en invitant les autorités à impliquer les chefs coutumiers dans les questions frontalières pour une cohésion sociale durable.
Refusant que les frontières soient synonymes de rupture ou d’insécurité, la CNF-CI et ses partenaires ont déployé des solutions de terrain immédiates lors de ces deux jours de célébration, notamment l’installation d’un Comité de surveillance et de paix pour anticiper et régler les litiges locaux.
En outre, les autorités administratives ivoiriennes ont créé une coopérative agricole transfrontalière de 80 membres, dotée d’intrants et formée aux techniques culturales durables, appuyée par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
La CNF-CI et ses partenaires ont inauguré un château d’eau pour les villageois et fait la distribution de divers matériels communautaires pour soutenir leurs activités socio-économiques.
La célébration, placée sous le sous-thème de l’agriculture durable et de la gestion pacifique des conflits, a également vu la participation du préfet de la région du Poro, Karim Diarrassouba. Ce dernier a proposé la mise en place d’une cogestion de la sécurité frontalière en parfaite synergie avec le gouvernorat malien de Sikasso.
Instituée par l’Union africaine pour éliminer les sources de tensions interétatiques, la JAF est pilotée en Côte d’Ivoire par la CNF-CI depuis 2020. Pour cette édition 2026, l’événement s’est déployé simultanément dans quatre localités stratégiques : N’Gandana et Papara (frontières Mali), Tagady (frontière Ghana) et Koulaleu (frontière Guinée), réaffirmant la volonté d’Abidjan de transformer ses lignes de partage en véritables espaces de prospérité partagée.
AP/APA






