Une vive controverse agite le secteur de la santé égyptien après la publication par Omnia Sewidan, médecin stagiaire, d’un témoignage accusant certains membres du personnel de l’hôpital universitaire Al-Shatby d’Alexandrie de pratiques constitutives de violences obstétricales. L’affaire, largement relayée sur les réseaux sociaux, a conduit l’Université d’Alexandrie, l’Ordre des médecins et plusieurs responsables politiques à réagir publiquement.
Dans un message publié à la mi-juin sur Facebook, la jeune médecin est revenue sur un stage effectué entre mars et mai 2020, décrivant ce qu’elle a présenté comme « les pires jours de sa vie ». Elle y évoque des cas présumés de maltraitances, d’humiliations et d’agressions verbales envers des femmes en cours d’accouchement, ainsi que des manquements à la prise en charge médicale dans certaines situations d’urgence. Bien que son compte ait été désactivé et le message initial supprimé, son témoignage a continué de circuler massivement en ligne, suscitant de nombreuses réactions et encourageant d’autres médecins ou anciennes patientes à partager leurs expériences.
Face à l’ampleur de la polémique, l’Université d’Alexandrie a affirmé que la dignité et la sécurité des patients constituaient des principes fondamentaux et a annoncé l’examen des allégations par la Faculté de médecine. L’établissement a toutefois appelé à éviter les conclusions hâtives et a indiqué se réserver le droit d’engager des poursuites contre toute diffusion d’informations qu’il jugerait mensongères ou diffamatoires.
L’Ordre des médecins est également intervenu dans le débat. Son président, Osama Abdel-Hay, a rappelé que « la dignité du patient est une ligne rouge » tout en invitant les victimes et les témoins à déposer des plaintes officielles. Il a toutefois souligné que les accusations visant un établissement ou certains individus ne devaient pas être interprétées comme une remise en cause de l’ensemble du corps médical égyptien.
L’affaire a pris une nouvelle dimension après des informations contradictoires concernant le sort de la jeune médecin. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), ont évoqué une arrestation, tandis que son avocat affirme qu’elle a simplement été entendue par les autorités afin de vérifier le contenu de ses publications. À ce stade, aucune communication officielle du parquet ou du ministère de l’Intérieur n’est venue clarifier la situation.
Le dossier a désormais atteint la sphère politique. Des parlementaires ont demandé l’ouverture d’enquêtes administratives et judiciaires afin d’établir les faits. Au-delà du cas de l’hôpital Al-Shatby, cette controverse relance un débat sensible sur les conditions d’accouchement, la protection des patientes et les mécanismes de signalement dans les établissements de santé. Elle soulève également la question de la protection des lanceurs d’alerte et de la place accordée à la parole des femmes dans les institutions médicales égyptiennes.
MK/AK/Sf/APA






