Le président tunisien dénonce les transferts illicites d’argent et fustige les manquements dans l’application de la loi, tout en réaffirmant la responsabilité de la Banque centrale dans la stabilisation économique.
Lors d’une rencontre tenue lundi 6 octobre au Palais de Carthage avec Fethi Zouhir Nouri, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), le président Kaïs Saïed a lancé un avertissement sans ambiguïté contre les dérives financières et les circuits occultes d’argent circulant dans le pays. Il a notamment mis en cause des transferts illicites opérés « dans l’ombre » depuis l’étranger, ainsi que des opérations de blanchiment impliquant aussi bien des acteurs bancaires que non bancaires.
Le chef de l’État a souligné que ces pratiques constituent une violation flagrante de la législation nationale et des engagements internationaux de la Tunisie. Il a rappelé que le Comité tunisien des analyses financières (CTAF), organe placé sous la tutelle de la Banque centrale, doit jouer un rôle central dans la détection et la prévention de ces flux illicites. « La loi doit être appliquée, pas contournée », a martelé Kaïs Saïed, ajoutant que le problème n’est pas uniquement juridique mais institutionnel : « Ceux qui ont la responsabilité de faire respecter la loi doivent assumer pleinement leurs obligations. »
Cette mise en garde intervient dans un contexte de tensions persistantes autour de la gouvernance financière, alors que la Tunisie cherche à rétablir la confiance des bailleurs internationaux et à freiner l’économie informelle, qui représente selon certaines estimations plus de 40 % du PIB national. Les transferts illégaux de fonds et la corruption endémique demeurent des freins majeurs à la transparence du système bancaire et à l’investissement.
Kaïs Saïed a également tenu à rappeler la mission économique de la Banque centrale, insistant sur le fait qu’il s’agit d’une institution publique tunisienne « dotée d’indépendance, mais non d’un statut d’indépendance absolue ». Il a ainsi réaffirmé que la BCT doit demeurer au service de la politique économique nationale, en cohérence avec les orientations présidentielles visant à réduire les déséquilibres sociaux et à soutenir la souveraineté économique du pays.
Tout en saluant les résultats positifs obtenus récemment — notamment la maîtrise de l’inflation, la stabilité du taux de change et le maintien des réserves en devises à un niveau jugé confortable —, le président a insisté pour que ces indicateurs se traduisent concrètement dans la vie quotidienne des citoyens. « Les chiffres sont importants, mais ils doivent refléter une amélioration réelle du pouvoir d’achat et du bien-être », a-t-il déclaré.
MK/Sf/APA







