Près de quinze ans après son arrivée au pouvoir, le président Alassane Ouattara, a transformé le paysage économique ivoirien. Depuis 2011, le pays s’est hissé au rang de locomotive africaine, affichant des taux de croissance qui feraient pâlir bien des économies dans le monde.
Mais derrière les chiffres, une question persiste : cette croissance a-t-elle vraiment changé le quotidien des Ivoiriens ? Lorsque Ouattara arrive au pouvoir en 2011, le pays sort d’une décennie de turbulences politiques et militaires.
L’économie est à genoux. Quatorze ans plus tard, le contraste est frappant : la Côte d’Ivoire a enregistré en moyenne plus de 8 % de croissance annuelle entre 2012 et 2019, puis a maintenu le cap autour de 6,5 % jusqu’en 2025.
Les investisseurs étrangers ne s’y trompent pas : la Côte d’Ivoire est désormais le troisième pays d’Afrique en termes d’attraction des IDE, avec 3,8 milliards de dollars reçus en 2024, juste derrière l’Égypte et l’Éthiopie.
Les agences de notation applaudissent la discipline budgétaire, la stabilité retrouvée, les réformes structurelles et une stratégie de diversification à marche forcée de l’économie. « Notre résilience s’est renforcée par la diversification de l’économie », aime rappeler Alassane Ouattara, qui se présente en garant d’un pays devenu attractif et stable.
Du cacao à l’or noir
Longtemps dépendante du cacao, la Côte d’Ivoire a multiplié ses atouts. Transformation des matières premières agricoles, montée en puissance du secteur extractif, porté par le pétrole et le gaz, mais également par la production d’or, de coltan et de manganèse : le pays a diversifié ses moteurs de croissance.
Dans l’anacarde par exemple, la production brute est passée de 380 000 tonnes en 2010 à plus d’1,2 million en 2023, soit près de 40 % de l’offre mondiale. La capacité de transformation locale, multipliée par cinq en moins d’une décennie, a dépassé 350 000 tonnes en 2024, générant plus de 18 000 emplois, dont deux tiers occupés par des femmes.
La découverte du gisement offshore baptisé Baleine, situé au large d’Abidjan, en 2021 a marqué un tournant. En deux ans, la production pétrolière a bondi, avec un objectif de 60 000 barils/jour atteint en 2024. Abidjan prévoit de tripler ce volume d’ici 2027, et s’est déjà portée candidate pour une adhésion à l’OPEP
Même logique dans les mines. En 2010, le pays produisait 5 tonnes d’or. Quatorze ans plus tard, elle atteint un record de 58 tonnes en 2024, et les autorités visent 62 tonnes dès 2025, grâce à l’entrée en production de nouveaux gisements comme Lafigué.
La révision du code minier a renforcé le contenu local, favorisant l’installation d’acteurs internationaux tout en veillant à l’émergence de PME ivoiriennes et créant un effet d’entraînement dans les régions minières.
Emplois : la promesse aux jeunes
La croissance ne vaut rien si elle ne crée pas d’emplois. Sur ce terrain, les autorités avancent un chiffre : 2,8 millions de postes créés entre 2011 et 2019. Sur le terrain de l’emploi formel, l’Observatoire national recensait en 2023 1,4 million de postes, en hausse de 117 000 sur un an.
Selon le ministre de la Jeunesse, le secteur privé qui génère en moyenne 100 000 nouveaux emplois chaque année, continue d’apparaître comme le moteur essentiel de cette dynamique. Zones industrielles, chantiers d’infrastructures, services financiers : les débouchés se multiplient.
Mais près de 400 000 jeunes débarquent chaque année sur le marché du travail. C’est à cette équation que veut répondre la stratégie « Vision 2030 », qui promet 8 millions d’emplois supplémentaires d’ici la fin de la décennie, en misant sur l’investissement privé, les PME et les grands projets structurants. Un objectif colossal.
« Nous devons veiller à ce que la croissance profite à tous », répète régulièrement le président ivoirien Alassane Ouattara, conscient que l’émergence ne peut se réduire à de simples indicateurs macroéconomiques.
Le Plan national de développement (PND 2021-2025), d’un volume de 59.000 milliards Fcfa projeté, a permis, entre autres, la construction de nouvelles universités et d’instituts techniques, le déploiement de programmes de formation professionnelle, des investissements massifs dans les infrastructures scolaires et sanitaires, sans oublier les réformes de gouvernance destinées à attirer davantage d’investissements privés.
Recul du taux de pauvreté
En 2011, au sortir de la grave crise postélectorale, plus d’un Ivoirien sur deux vivait sous le seuil de pauvreté. En 2021, ce taux avait déjà chuté à 37,5 %, selon les données de la Banque mondiale, une baisse inédite.
Les projections pour 2025 renforcent cette tendance. D’après les estimations de la Banque mondiale, le taux de pauvreté devrait encore reculer, passant de 37,1 % en 2024 à 34 % en 2025. Autrement dit, une réduction de plus de trois points en un an, alors même que le pays reste confronté à des défis structurels persistants.
Le nouveau Plan national de développement (PND 2026-2030) affiche une ambition claire : ramener ce taux sous la barre des 20% d’ici 2030. Mais les défis persistent, et l’action du gouvernement s’amplifie pour atteindre les quartiers précaires d’Abidjan, les villages de l’Ouest ou du Nord, qui rappellent que la prospérité doit poursuivre son équitable répartition.
Aujourd’hui, le revenu par habitant avoisine 2 700 dollars, contre environ 1 700 en 2010. L’objectif fixé par Alassane Ouattara est de franchir la barre des 4 000 dollars d’ici 2030 et de hisser la Côte d’Ivoire parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.
Pour y parvenir, il faudra maintenir une croissance soutenue, autour de 6 % par an, mais surtout la rendre plus inclusive. Cela passe par un investissement accru dans l’éducation, la formation professionnelle et une gouvernance plus efficace.
AP/APA







