La fièvre aphteuse demeure l’une des menaces les plus persistantes pour l’élevage, la sécurité alimentaire et le commerce en Afrique de l’Est, selon un communiqué publié mardi par l’Union africaine -Bureau interafricain des ressources animales (UA-IBAR).
Bien que régulièrement classée en Afrique de l’Est parmi les trois maladies prioritaires par les gouvernements et les éleveurs, la région continue de subir des épidémies importantes, des pertes économiques considérables et un accès limité aux marchés en raison de mesures de contrôle insuffisamment coordonnées, indique le communiqué.
L’importante mobilité des troupeaux pastoraux, la porosité des frontières et les capacités limitées de surveillance et de laboratoire compliquent davantage les efforts de confinement.
L’UA-IBAR a déclaré que, sans une approche régionale harmonisée, les initiatives nationales ne peuvent à elles seules gérer efficacement la nature transfrontalière de la fièvre aphteuse ni atténuer ses répercussions en cascade sur les moyens de subsistance, la nutrition et les économies nationales.
C’est dans ce contexte que les acteurs régionaux et internationaux se sont réunis lundi à Nairobi, au Kenya, pour l’atelier de consultation et de validation du Cadre stratégique pour la lutte contre la fièvre aphteuse en Afrique de l’Est 2026-2035. Cette réunion de deux jours a rassemblé des représentants de l’UA-IBAR, de l’IGAD, de la CAE, de la FAO, de l’OMS pour l’Afrique de l’Est, du PNUE, de GALVmed, des vétérinaires en chef nationaux, des points focaux pour la fièvre aphteuse, des autorités chargées de la faune sauvage et des experts techniques des pays participant à la Feuille de route pour la fièvre aphteuse en Afrique de l’Est.
Une réponse opportune à un défi régional urgent
La Dre Huyam Salih, directrice de l’UA-IBAR, a souligné l’ampleur du défi. L’élevage est essentiel à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et fait vivre des centaines de millions de personnes. Pourtant, les maladies animales transfrontalières, telle que la fièvre aphteuse, privent chaque année l’Afrique subsaharienne de milliards de dollars.
La Dre Salih a insisté sur le fait qu’aucun pays ne peut gérer la fièvre aphteuse de manière indépendante et a appelé à une coordination régionale plus étroite, à une harmonisation et à une action conjointe pour combler les lacunes en matière de surveillance, renforcer la détection précoce et garantir une réponse rapide.
Elle a souligné que le nouveau Cadre stratégique offre un mécanisme indispensable pour aligner les priorités nationales sur les objectifs régionaux, mettre en œuvre des protocoles communs et mobiliser les capacités collectives. Le Cadre répond également directement aux engagements formulés dans le cadre de l’Agenda 2063, du PDDAA (2026-2035), de LiDeSA et de la Stratégie sanitaire animale pour l’Afrique.
Une stratégie ancrée dans les réalités régionales et intégrant les contributions nationales
Le Cadre stratégique 2026-2035 a été élaboré à l’issue d’une vaste consultation, incluant les contributions de la réunion sur la feuille de route pour la fièvre aphteuse en Afrique de l’Est, qui s’est tenue à Dar es Salaam en 2024. Les délégués ont souligné des faiblesses telles qu’une couverture vaccinale insuffisante, des capacités de laboratoire limitées pour le sérotypage et la concordance des vaccins, un contrôle des mouvements fragmenté et un engagement politique et un financement insuffisants pour une lutte durable contre la fièvre aphteuse. Ces défis, conjugués à la dynamique écologique et socio-économique de la région, ont orienté la structure du Cadre.
La stratégie repose sur trois piliers complémentaires : les connaissances et les données probantes. Elle passe par la mise en place de plateformes régionales de partage d’informations, la réalisation de recherches et l’amélioration des outils d’évaluation des risques, d’analyse économique et de compréhension épidémiologique.
La deuxième stratégie concerne le renforcement des capacités : elle consiste à proposer des formations adaptées aux réalités régionales et à se procurer les équipements essentiels pour la surveillance, la vaccination, le diagnostic, la gestion des programmes et les modèles de partenariat public-privé.
La troisième stratégie porte sur la coordination et la coopération : harmonisation des protocoles régionaux, renforcement des systèmes d’alerte précoce, amélioration de la réactivité et facilitation de l’accès à des vaccins abordables grâce aux achats groupés et au renforcement des réseaux de laboratoires.
Ensemble, ces piliers visent à aider les pays à progresser sur la voie de la lutte progressive contre la fièvre aphteuse (VLP-FA) et à mettre en place des systèmes d’élevage plus sûrs et plus efficaces, avec des échanges commerciaux améliorés.
Délibérations et validation
Tout au long de l’atelier, les participants ont mené des travaux de groupe structurés afin d’analyser le projet de document, d’identifier les lacunes et de proposer des améliorations. Les présentations du deuxième jour ont permis aux groupes de pays de présenter leurs recommandations, notamment le renforcement de la surveillance régionale des souches, l’élaboration d’accords transfrontaliers pour l’envoi d’échantillons, l’institutionnalisation des pratiques de biosécurité sur les marchés et dans les abattoirs, ainsi que le renforcement des stratégies de communication pour maintenir la volonté politique.
Les discussions en séance plénière ont permis d’affiner ces contributions et de les intégrer à la version finale du Cadre. Le processus d’examen a réaffirmé la nécessité d’interventions pragmatiques et fondées sur les risques, tenant compte de la diversité des systèmes de production et des différentes phases de la prévention et de la lutte contre les maladies infectieuses dans les 12 pays de la feuille de route.
Perspectives d’avenir
En conclusion, la Dre Salih a réaffirmé l’engagement de l’UA-IBAR à soutenir les États membres et les communautés économiques régionales dans la mise en œuvre concrète du Cadre. Elle a souligné que le déploiement prochain d’ARIS3 améliorerait la notification des maladies et la connaissance de la situation, un élément essentiel de l’alerte précoce et de la coordination régionale. Avec la validation du Cadre stratégique, l’Afrique de l’Est franchit une étape décisive vers une approche plus structurée, collaborative et fondée sur des données probantes pour lutter contre la fièvre aphteuse.
La région s’attelle désormais à l’élaboration du plan de mise en œuvre, à la mobilisation des ressources et à la mise en place de mécanismes de gouvernance pour orienter la stratégie entre 2026 et 2035. En s’attaquant à la fièvre aphteuse par une action régionale concertée, l’Afrique de l’Est renforce ses perspectives d’amélioration de la productivité de l’élevage, de sécurité alimentaire et nutritionnelle accrue, de moyens de subsistance résilients et d’opportunités élargies en matière de commerce intérieur et d’exportation.
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