Une initiative visant à créer une Haute Cour africaine des libertés et des élections (HCAL-E), portée par l’avocat franco-comorien Saïd Larifou et annoncée pour 2026 à Dakar, suscite une vive controverse au sein des milieux panafricains, entre défense des droits et rejet de toute ingérence politico-juridique.
Présentée par son promoteur, l’avocat Saïd Larifou, comme une réponse à « l’arbitraire judiciaire » et aux « coups d’État électoraux » en Afrique, la Conférence de Dakar 2026 ambitionne de jeter les bases d’une juridiction supranationale indépendante, dotée de compétences élargies en matière de libertés publiques et de contentieux électoral.
Selon Me Larifou, la future Cour permettrait à tout citoyen africain de saisir directement une instance continentale, en dehors des juridictions nationales, afin de garantir la protection des droits fondamentaux et la sincérité des scrutins.
Le projet prévoit notamment que les juges soient élus par des institutions indépendantes (barreaux et facultés de droit) et non désignés par les gouvernements. Il envisage également un mécanisme de coercition inédit, reposant sur l’adossement des décisions de la Cour à des institutions financières régionales, exposant les États réfractaires à des sanctions financières et diplomatiques.
Mais cette initiative est vivement contestée par plusieurs organisations et mouvements panafricains d’Afrique et de la diaspora, qui y voient une tentative de création d’une « justice parallèle » en dehors des cadres institutionnels reconnus.
Dans un communiqué conjoint parvenu ce jeudi à APA, ces organisations, dont le Mouvement patriotique panafricain, estiment que le projet constitue « une atteinte à la souveraineté judiciaire des États africains et un précédent susceptible d’affaiblir les mécanismes existants de règlement des différends. »
Les signataires rappellent que les questions de gouvernance, de droits et de processus électoraux relèvent des juridictions nationales et régionales, ainsi que des institutions continentales reconnues par l’Union africaine. Ils dénoncent une démarche qu’ils jugent « opportuniste » et susceptible de servir des agendas extérieurs, sous couvert de défense des libertés.
Le communiqué interpelle également les autorités sénégalaises, appelant le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko à veiller à ce que le territoire sénégalais ne soit pas utilisé comme plateforme d’ingérence dans les affaires intérieures d’États africains.
Le Sénégal, qualifié de « terre historique du panafricanisme », est invité à préserver son rôle de facilitateur du dialogue continental dans le respect du principe de non-ingérence.
Au-delà du projet institutionnel, la controverse révèle une fracture plus profonde au sein du panafricanisme contemporain, opposant une approche fondée sur la souveraineté des États et des institutions existantes à une vision privilégiant des mécanismes supranationaux de protection des droits individuels.
ARD/Sf/APA






