En recevant l’ambassadrice des États-Unis en fin de mission, le président Abdelmadjid Tebboune a été le théâtre d’un exercice diplomatique classique, marqué par des déclarations chaleureuses mais laissant en suspens les fragilités et limites réelles du partenariat algéro-américain.
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a reçu à Alger l’ambassadrice des États-Unis, Elizabeth Moore Aubin, à l’occasion de sa visite d’adieu après quatre années à la tête de la représentation diplomatique américaine.
À l’issue de l’audience, la diplomate a salué devant la presse la « solidité » et la « profondeur historique » des relations bilatérales, un discours convenu qui masque difficilement l’absence de percées stratégiques majeures entre les deux pays.
Mme Aubin a mis en avant son attachement personnel à l’Algérie, rappelant y avoir déjà exercé entre 2011 et 2014 comme directrice adjointe de la mission américaine. « Le peuple algérien sera toujours dans mon cœur », a-t-elle déclaré, insistant sur une relation qu’elle a qualifiée d’« expérience fructueuse ».
Un registre émotionnel largement mobilisé dans les adieux diplomatiques, mais qui contraste avec une coopération bilatérale demeurée essentiellement déclarative sur plusieurs dossiers structurants.
La diplomate a également rappelé que les relations entre les deux pays remontent au XVIIIᵉ siècle, l’Algérie ayant été l’un des premiers partenaires du jeune État américain après l’indépendance des États-Unis, avant la signature d’un traité d’amitié en 1995. « Les liens entre mon pays et l’Algérie sont solides », a-t-elle affirmé, évoquant un partenariat couvrant les domaines culturel, économique, scientifique et sécuritaire.
Derrière cette rhétorique institutionnelle, les observateurs notent toutefois un décalage persistant entre le discours et la réalité. Sur le plan économique, les échanges restent limités et largement dominés par les hydrocarbures, sans investissements américains structurants à la hauteur du potentiel affiché par Alger. Sur le plan politique, les divergences demeurent notables, notamment sur les questions de gouvernance, de libertés publiques et de positionnement régional de l’Algérie.
Sur le volet sécuritaire, souvent présenté comme le pilier du partenariat, la coopération reste pragmatique mais prudente, l’Algérie veillant jalousement à préserver son autonomie stratégique et à éviter toute alliance perçue comme asymétrique. Cette posture, si elle conforte le discours souverainiste du pouvoir, limite aussi l’approfondissement d’un partenariat plus intégré avec Washington.
La visite d’adieu d’Elizabeth Moore Aubin illustre ainsi la permanence d’une relation diplomatique polie et stable, mais marquée par une forme d’immobilisme stratégique. En dépit des déclarations d’amitié et de respect mutuel, la relation algéro-américaine demeure cantonnée à une coopération minimale, loin des ambitions affichées et sans inflexion notable sous la présidence Tebboune.
MK/Sf/APA





