Le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, a reçu lundi le rapport final du Forum national sur la justice, neuf mois après l’adoption de 218 recommandations visant à réformer en profondeur le système judiciaire et à restaurer la confiance des citoyens.
Le rapport final du Forum national sur la justice, comportant 218 recommandations, a été remis au président de la Transition malienne Assimi Goïta, par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Mamoudou Kassogué, au terme d’un processus entamé en 2023 avec les états généraux des professions judiciaires et élargi aux régions de Kayes et Mopti avant le Forum national tenu les 30 et 31 octobre 2025 à Bamako.
Les différentes concertations avaient réuni environ 500 participants et débouché sur 413 propositions. Au terme des travaux nationaux, 218 recommandations ont été retenues.
Elles concernent notamment la formation et le recrutement des professionnels de la justice, l’évaluation des magistrats, la numérisation des procédures et des casiers judiciaires, le renforcement du contrôle interne ainsi que l’amélioration des conditions dans les établissements pénitentiaires.
Ces recommandations doivent désormais être intégrées au Programme décennal de développement du secteur de la justice 2026-2035.
La confiance, principal défi
La mise en œuvre de ces mesures intervient dans un contexte où l’accès à la justice demeure marqué par le coût des procédures, leur durée et le sentiment d’inégalité devant la loi.
Une enquête d’Afrobarometer publiée en février 2026 montre que 56 % des Maliens interrogés doutent que les citoyens ordinaires puissent obtenir justice devant les tribunaux. Seuls 45 % estiment qu’une affaire pourrait connaître une issue équitable et 38 % pensent qu’elle pourrait être réglée dans un délai raisonnable.
L’étude relève toutefois une amélioration de la confiance dans les institutions judiciaires. La proportion de Maliens déclarant faire confiance aux tribunaux atteint 52 %, soit une progression de 17 points depuis 2020. Dans le même temps, la part de ceux qui considèrent que la plupart ou l’ensemble des magistrats sont corrompus est passée à 38 %, en baisse de 25 points.
Le sentiment d’inégalité reste néanmoins important : 57 % des personnes interrogées estiment que les citoyens sont fréquemment traités différemment devant la loi, tandis qu’une proportion importante considère que l’influence de personnes puissantes peut peser sur certaines décisions judiciaires.
Des réformes déjà engagées
Le Mali a promulgué en décembre 2024 un nouveau Code pénal et un nouveau Code de procédure pénale. Ce dernier prévoit notamment la création de chambres criminelles permanentes, la motivation des décisions judiciaires, un collège chargé des libertés et de la détention ainsi que des alternatives à l’emprisonnement.
Pour Avocats sans frontières Canada, ces innovations peuvent contribuer à rapprocher la justice des victimes et à réduire les délais de traitement des dossiers. Leur efficacité dépend toutefois des moyens disponibles, de la formation des acteurs et de l’adoption des textes d’application.
Le financement constitue également un enjeu majeur. En juin 2025, le ministère de la Justice avait présenté un programme décennal dont le premier plan quinquennal était estimé à 271,87 milliards de FCFA, avec une hausse progressive des ressources du secteur annoncée de 56,03 milliards de FCFA en 2025 à plus de 110 milliards en 2029.
La programmation désormais évoquée pour 2026-2035 doit intégrer les 218 recommandations issues du Forum national.
Le défi de l’application
En donnant des orientations pour la mise en œuvre des conclusions du Forum, Assimi Goïta ouvre une nouvelle phase du processus de réforme. La Présidence n’a toutefois pas encore précisé les mesures prioritaires, leur calendrier d’exécution ni les financements qui leur seront consacrés.
Pour les justiciables, l’efficacité du chantier sera surtout jugée sur des résultats concrets : réduction des délais, baisse du coût des procédures, amélioration de l’accès à l’aide juridique, lutte contre la corruption et égalité de traitement devant la loi.
Le World Justice Project classe le Mali au 126e rang sur 143 pays dans son indice 2025 sur l’État de droit, avec un recul de 2,2 % de son score sur un an.
Vingt-sept ans après le précédent Forum national sur la justice, organisé en 1999, le nouveau programme devra donc transformer les recommandations en réformes mesurables. La confiance des citoyens dépendra désormais moins du nombre de mesures adoptées que de leur traduction effective dans les tribunaux et les établissements pénitentiaires.
MD/te/Sf/APA







