L’association Voix de Femmes (Aswat Nissa) lancera mercredi 12 août à Tunis une plateforme numérique destinée à centraliser et documenter les féminicides enregistrés dans le pays. L’initiative intervient à la veille de la Journée nationale de la femme, célébrée chaque 13 août en Tunisie à l’occasion de l’anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel en 1956.
Selon les données compilées par l’association, 109 féminicides ont été documentés depuis janvier 2018. Le nombre de cas recensés a atteint 30 en 2025, contre 26 en 2024, 25 en 2023 et 23 en 2022. Ces chiffres mettent en évidence la persistance du phénomène et la nécessité, selon l’organisation, de disposer d’informations centralisées permettant d’en suivre l’évolution.
La nouvelle plateforme doit ainsi faciliter l’accès aux données pour les chercheurs, les médias et les organisations de la société civile. Aswat Nissa entend également en faire un instrument de documentation et de plaidoyer susceptible de contribuer à l’élaboration de politiques publiques plus efficaces et à une meilleure responsabilisation des institutions face aux violences faites aux femmes.
L’initiative tunisienne s’inscrit dans une tendance plus large de recours aux outils numériques pour documenter les violences basées sur le genre en Afrique. Au Kenya, l’Africa Data Hub a notamment développé la base « Silencing Women », qui recense plus de 1 069 cas de meurtres de femmes entre 2016 et 2025, sur la base notamment de décisions judiciaires et de données issues des médias. En juin 2026, les autorités kényanes ont également lancé une plateforme nationale via WhatsApp pour faciliter le signalement des violences basées sur le genre.
La question de la disponibilité et de la fiabilité des statistiques reste au centre des efforts internationaux contre les féminicides. En 2025, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a organisé une réunion internationale consacrée à leur mesure, mettant notamment en évidence les lacunes persistantes dans la collecte des données dans plusieurs pays.
ONU Femmes considère de son côté la documentation des violences faites aux femmes comme un élément essentiel pour mieux mesurer leur ampleur et renforcer les réponses institutionnelles et judiciaires. La plateforme d’Aswat Nissa vise ainsi à combler une partie de ce déficit d’information en Tunisie en mettant à disposition une base structurée consacrée spécifiquement aux féminicides.
MK/AK/Sf/APA







