S’exprimant hier au Palais des nations à Alger, Abdelmadjid Tebboune a prononcé son traditionnel discours sur l’état de la nation, devant les deux chambres du Parlement réunies en session extraordinaire. Pendant près de deux heures, le chef de l’État a cherché à convaincre que l’Algérie est engagée sur une trajectoire irréversible de redressement, allant jusqu’à parler de « miracle algérien ». Inflation en baisse, croissance en hausse, investissements en progression : la rhétorique présidentielle s’est appuyée sur une avalanche de chiffres présentés comme autant de preuves irréfutables.
Le Président a notamment invoqué la validation des indicateurs macroéconomiques par des institutions internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale pour répondre aux critiques internes. Cette référence récurrente à l’« onction » extérieure vise à consolider la crédibilité du récit officiel, tout en disqualifiant par avance toute contestation, assimilée à de la mauvaise foi ou à de l’hostilité politique. Une posture qui laisse peu de place au débat contradictoire sur la qualité réelle de la croissance ou sur sa diffusion sociale.
Sur le plan économique, les annonces concernant les 19 000 projets enregistrés par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, la relance minière de Ghar Djebilet ou encore la montée en puissance du secteur industriel dessinent un tableau ambitieux. Toutefois, le discours élude largement les contraintes structurelles : dépendance persistante aux hydrocarbures, faiblesse des exportations hors énergie, gouvernance administrative lourde et climat des affaires encore dissuasif pour de nombreux investisseurs privés.
Le registre patriotique, omniprésent, a culminé avec la glorification des grands chantiers ferroviaires et miniers, présentés comme des exploits nationaux. Cette exaltation du volontarisme étatique renforce l’image d’un État bâtisseur, mais masque les interrogations sur la rentabilité économique, la soutenabilité financière et la transparence de ces projets à long terme.
Sur le plan social, le Président a insisté sur le maintien du caractère social de l’État, la protection du pouvoir d’achat et les augmentations de salaires annoncées. Là encore, le discours rassure sans véritablement préciser les arbitrages budgétaires futurs, ni les mécanismes permettant d’éviter que l’inflation ou les déséquilibres financiers n’érodent ces engagements.
Enfin, la séquence internationale, marquée par des positions fermes sur la Palestine, le Sahara, la Libye et le Sahel, s’inscrit dans la continuité doctrinale de la diplomatie algérienne. Elle conforte une image de constance et de souveraineté, mais ne répond ni aux réalités géopolitiques du moment, ni aux défis d’un environnement régional instable et d’une économie nationale encore en quête de diversification réelle.
Au-delà de l’enthousiasme officiel et des ovations parlementaires, ce discours illustre surtout une présidence sûre de son récit, mais encore confrontée à l’épreuve décisive : transformer les proclamations politiques en résultats durables et perceptibles pour l’ensemble de la société algérienne.
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