L’audience accordée par Le chef de l’Etat algérien au président de la BAD a été présentée comme un « signe de reconnaissance » pour le modèle algérien. À y regarder de plus près, elle confirme surtout la dépendance persistante du pays aux institutions multilatérales pour financer ses infrastructures,
L’audience que le Président Tebboune a accordée au président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Dr Sidi Ould Tah, a été présentée par la presse publique comme une preuve de « puissance financière » et d’« influence internationale » de l’Algérie. Pourtant, derrière l’affichage, cette séquence révèle surtout une dépendance croissante d’Alger à l’égard des institutions financières multilatérales, faute d’un écosystème interne capable de soutenir ses propres ambitions de développement.
L’Algérie détient 4,21 % du capital de la BAD et aime rappeler son statut de « quatrième actionnaire ». Une donnée réelle, mais qui masque l’essentiel : les grands projets nationaux ne peuvent avancer qu’avec l’appui direct de ces institutions, alors même que le pays proclame n’avoir « aucune dette » et afficher une solvabilité exceptionnelle. Une contradiction qui s’explique par un fait rarement mentionné : l’investissement public algérien repose presque entièrement sur les recettes d’hydrocarbures, structurellement volatiles, et sur une planification budgétaire fragile.
Si l’État revendique l’absence d’endettement extérieur, c’est moins le signe d’une force que celui d’une stratégie de repli. En réalité, l’économie algérienne manque d’outils de financement domestiques modernes, notamment en raison de l’absence d’un marché des capitaux performant, d’une gouvernance publique centralisée et opaque, d’un tissu productif insuffisamment diversifié pour générer des investissements sur fonds propres.
Dans ce contexte, les banques de développement deviennent un palliatif. Elles financent des infrastructures que l’État algérien peine à supporter seul, malgré ses réserves financières. L’annonce d’un soutien de la BAD au plan 2025-2030 s’inscrit dans cette logique : sans apport extérieur, les grands chantiers resteraient au stade de la déclaration.
Les projets cités- ligne ferroviaire Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa, gazoduc Nigeria–Algérie, corridors verts vers l’Europe-, sont régulièrement mobilisés par le gouvernement comme preuves de projection stratégique. Pourtant, majoritairement à l’état d’annonces, ils souffrent d’un double handicap d’un manque de visibilité sur le financement réel, malgré la rhétorique d’abondance budgétaire et d’une incapacité du pays à intégrer des chaînes de valeur régionales, faute d’un cadre réglementaire ouvert aux investissements étrangers et d’un climat des affaires attractif.
L’Algérie affiche des ambitions transsahariennes, mais n’a pas encore levé les barrières bureaucratiques qui découragent le secteur privé, y compris national.
La communication officielle insiste sur la présence algérienne dans de multiples institutions (BRICS NDB, BERD, BAD). Mais cette diversification apparente est avant tout symbolique. La participation aux BRICS, par exemple, n’a pas conduit à une augmentation notable des investissements entrants, en raison de l’isolement réglementaire et du contrôle strict exercé sur les capitaux.
De même, l’adhésion à la BERD en 2021 n’a pas produit l’effet de levier attendu : les programmes y demeurent modestes, faute de réformes profondes permettant au pays de bénéficier pleinement des instruments de financement européens.
La narration officielle insiste sur le rôle « actif » de l’Algérie dans la gouvernance financière mondiale. En réalité, l’économie nationale reste prisonnière d’un modèle où 95 % des exportations dépendent des hydrocarbures, selon les dernières données du FMI.
En d’autres termes, l’Algérie est davantage actionnaire financier qu’acteur économique. Les contributions au capital des banques multilatérales servent de vitrine internationale, mais ne compensent ni l’absence d’industrie compétitive ni la faiblesse du secteur privé.
L’audience avec le président de la BAD a été présentée comme un « signe de reconnaissance » pour le modèle algérien. À y regarder de plus près, elle confirme surtout la dépendance persistante du pays aux institutions multilatérales pour financer ses infrastructures et surtout de l’incapacité à convertir les recettes pétrolières en investissements productifs durables,
La question n’est donc plus de savoir si l’Algérie peut financer ses projets, mais pourquoi elle ne peut pas les financer seule malgré sa rente.
MK/ac/Sf/APA