Le nouveau mandat présidentiel entamé en décembre 2025 marque un tournant : la transmission générationnelle n’y est plus un slogan, mais un axe structurant de l’action publique. Dans un pays où plus d’un citoyen sur deux a moins de 25 ans, cette jeunesse, longtemps assimilée à un défi démographique, s’affirme désormais comme un levier majeur de la transformation nationale.
En ce début d’année 2026, la Côte d’Ivoire ne se contente plus de célébrer sa jeunesse ; elle l’intègre comme le pivot central de son développement. Longtemps perçue comme une charge, cette frange de la population est désormais le fer de lance de la transformation nationale.
Le premier pilier de cette mutation est l’éducation. Les chiffres de l’Agence nationale de la statistique (ANSTAT) témoignent d’une progression fulgurante : le taux de scolarisation dans le secondaire a bondi de 58,6 % en 2020 à 96,5 % en 2024.
Cette réussite est le fruit d’une décennie d’investissements massifs. Avec la construction de 608 collèges et lycées publics, le parc scolaire national atteint désormais 902 établissements. Parallèlement, l’État multiplie les programmes de « seconde chance » pour les jeunes vulnérables des quartiers populaires d’Abidjan, visant à éradiquer la marginalisation en marge d’une croissance économique qui reste supérieure à 6 %.
L’emploi, l’épreuve de vérité
Si la formation est un succès, l’accès au marché du travail demeure « l’épreuve de vérité ». Pour absorber l’afflux de diplômés urbains, le gouvernement a lancé fin 2025 le Programme national de stage, d’apprentissage et de reconversion (PNRSA).
Pour l’année 2026, les autorités ivoiriennes ambitionnent d’accompagner plus de 152 000 jeunes vers l’insertion professionnelle. Le salut vient également de la nouvelle économie. Avec plus de 1 500 start-ups recensées, le secteur du numérique (Fintech, Agritech) explose.
Parallèlement, un phénomène de retour à la terre s’opère : grâce à la modernisation des filières cacao et aquaculture, de jeunes entrepreneurs redorent le blason de l’agriculture, soutenus par des partenariats internationaux.
Malgré une croissance économique supérieure à 6 % sur plusieurs années, le marché du travail formel reste insuffisant, en particulier dans les zones urbaines. Si les zones rurales sont surtout confrontées au sous-emploi et à la faible productivité, les villes concentrent les tensions les plus fortes sur l’emploi formel, avec un afflux de jeunes diplômés que l’économie peine encore à absorber.
De manière complémentaire, dans l’agriculture, la modernisation des filières (cacao, hévéa, palmier à huile, mais aussi aquaculture) attire progressivement de jeunes qualifiés, entrepreneurs et gestionnaires de coopératives, soutenus par des programmes publics et des partenariats internationaux. Cette évolution contribue à renouveler l’image d’un secteur longtemps délaissé par les jeunes diplômés.
La jeunesse, un enjeu de stabilité
Dans le nord de la Côte d’Ivoire, la question de la jeunesse revêt une dimension stratégique supplémentaire. Proximité avec des zones d’instabilité sahélienne, vulnérabilité économique et chômage des jeunes constituent des facteurs de risque sécuritaire identifiés par les autorités.
Au-delà de l’économie, la jeunesse est un rempart sécuritaire, particulièrement dans les régions septentrionales. Face à l’instabilité sahélienne, l’État ivoirien déploie des programmes spécifiques combinant formation agropastorale et prévention de la radicalisation.
L’objectif est clair : offrir des perspectives locales pour immuniser la jeunesse contre les réseaux criminels. Des programmes spécifiques ont été déployés, combinant formation professionnelle, insertion économique et prévention de la radicalisation.
Des initiatives d’emploi local, de soutien à l’agro-pastoralisme, à l’artisanat et aux petits projets communautaires visent à offrir des perspectives concrètes aux jeunes, afin de réduire leur exposition aux réseaux criminels ou extrémistes. Cette approche intégrée illustre précisément la volonté de faire de l’inclusion économique un levier de stabilité.
À l’horizon 2030, la Côte d’Ivoire se trouve à la croisée des chemins. Si la dynamique est enclenchée, le défi majeur reste la sortie de l’informalité. La structuration des pôles agro-industriels régionaux et le renforcement des partenariats public-privé seront les clés pour garantir à cette main-d’œuvre jeune des emplois stables et de qualité.
AP/APA






