Les programmes de transferts monétaires mis en œuvre au Nigéria dans le cadre des dispositifs d’intervention sociale ont bénéficié à 67,19 millions de personnes, soit 10,44 millions de ménages, en août 2026, selon la Banque mondiale. Cette progression intervient alors que des interrogations persistent sur l’identification et la traçabilité des bénéficiaires du programme gouvernemental.
Dans son dernier rapport consacré à l’état d’avancement et aux résultats du National Social Safety Net Programme-Scale Up, la Banque mondiale indique que 10,43 millions de ménages pauvres et vulnérables ont reçu des transferts monétaires destinés à les aider à faire face aux chocs économiques.
Selon le document, plus de 7,1 millions de ménages ont perçu les trois tranches prévues après une vérification biométrique effectuée à partir de leur numéro d’identification national (NIN) ou de leur numéro de vérification bancaire (BVN).
Ces résultats interviennent toutefois dans un contexte marqué par des préoccupations persistantes concernant la possibilité de vérifier de manière indépendante l’identité des bénéficiaires et la réalité des paiements effectués.
Le rapport relève ainsi que de nombreux Nigérians, ainsi que des partis d’opposition, ont exprimé des réserves sur la transparence du programme.
Le bureau de l’Auditeur général de la Fédération avait notamment mis en cause, dans son rapport annuel 2024 consacré aux cas de non-conformité et aux faiblesses du contrôle interne, les pièces justificatives relatives à des transferts électroniques d’un montant de 33,751 milliards de nairas, effectués en 2023 au profit de 3 millions 295 207 ménages et bénéficiaires dans 35 Etats.
Le rapport d’audit souligne que les documents de paiement ne comportaient pas toutes les informations relatives aux bénéficiaires. Il relève également que le relevé « Remita », nécessaire pour rapprocher les bénéficiaires effectivement payés de ceux inscrits dans le registre social national et le registre national des bénéficiaires, n’avait pas été soumis à l’examen des auditeurs.
Ces derniers ont, en conséquence, indiqué ne pas avoir été en mesure d’authentifier les paiements ni de confirmer l’éligibilité effective des bénéficiaires ayant reçu les fonds.
De son côté, l’ancien vice-président Atiku Abubakar a récemment questionné la cohérence entre le chiffre de 15 millions de ménages annoncé par la présidence en juillet et la déclaration ultérieure du gouvernement faisant état de plus de 10 millions de ménages ayant reçu des transferts monétaires.
M. Abubakar a également contesté les calculs ayant conduit à l’annonce du décaissement de plus de 600 milliards de nairas. Il a demandé au gouvernement de fournir une piste de vérification permettant notamment d’identifier les ménages payés, le nombre de tranches perçues ainsi que les transactions ayant échoué ou fait l’objet d’annulations.
Ces interrogations interviennent alors que le président Bola Tinubu avait précédemment suspendu Betta Edu après la révélation de son autorisation de transférer 585 millions de nairas vers un compte privé destiné au paiement d’aides à des groupes vulnérables.
Plus de 67 millions de bénéficiaires
Malgré ces réserves, le dernier rapport de la Banque mondiale fait état d’une progression significative de la couverture du programme. Le nombre de personnes bénéficiant de transferts monétaires est passé de 60,09 millions en mai à 67,19 millions en août 2026, dépassant ainsi l’objectif de 56 millions fixé pour la clôture du programme en juin 2027.
Les femmes représentent 39,77 millions des bénéficiaires, tandis que 12,32 millions sont des jeunes.
La Banque mondiale précise que les femmes constituent 57,6 % des bénéficiaires principaux, soit un niveau supérieur à l’objectif de 45 % fixé par le programme. Par ailleurs, 81 % des ménages bénéficiaires appartiennent aux six déciles de revenus les plus faibles.
Le rapport indique également que 12,9 millions de ménages ont fait l’objet de visites dans le cadre du processus de vérification. Plus de 15,8 millions de NIN ont par ailleurs été vérifiés dans le registre social.
Parmi eux, 10,95 millions de ménages ont été validés sur la base des NIN et des BVN, avant d’être intégrés au système national de gestion de la distribution des aides.
Selon la Banque mondiale, 98,9 % des ménages bénéficiaires ont reçu leurs transferts dans les dix jours suivant la date de paiement prévue. Le taux de satisfaction des bénéficiaires s’est, quant à lui, établi à 87,7 %.
L’institution financière internationale précise que les transferts sont effectués directement sur des comptes numériques appartenant aux bénéficiaires et sécurisés par une identification biométrique.
Un registre social encore en attente
La Banque mondiale indique toutefois que le registre social modernisé n’était pas encore opérationnel en août 2026. Sa mise en service est prévue pour juin 2027.
Sur le plan financier, le rapport précise que l’enveloppe initiale de 800 millions de dollars accordée au programme par l’Association internationale de développement (IDA) a été ramenée à 776,42 millions de dollars.
Sur ce montant, 762,43 millions de dollars, soit 98,2 %, avaient déjà été décaissés.
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