Sous couvert de relance et d’allégement fiscal, le gouvernement algérien tente une nouvelle fois de masquer les déséquilibres profonds d’un modèle économique figé et dépendant de la rente publique.
La Commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN) a introduit neuf amendements au projet de loi de finances (PLF) 2026, censés « simplifier » le climat des affaires et « soutenir » le pouvoir d’achat. Mais derrière la façade technocratique, le texte illustre une politique budgétaire oscillant entre clientélisme économique et absence de stratégie productive.
Parmi les mesures les plus médiatisées figure l’élargissement des exonérations douanières et fiscales aux importations de viande bovine vivante pour l’Aïd El-Adha 2025 et 2026. Présentée comme un geste social visant à « contenir l’inflation alimentaire », cette disposition révèle surtout la dépendance chronique du pays aux importations, y compris dans des secteurs où un plan d’autosuffisance avait été promis à plusieurs reprises. En pratique, l’État compensera par la fiscalité ce qu’il ne parvient pas à produire localement, accentuant le déficit commercial et la vulnérabilité aux fluctuations extérieures.
Autre amendement jugé « stratégique » : la simplification de l’accès au foncier économique pour les jeunes porteurs de projets. Les walis pourront désormais attribuer directement des terrains sans passer par la commission nationale des recours. Une mesure censée réduire la bureaucratie, mais qui risque de renforcer la centralisation politique et les pratiques de favoritisme local déjà dénoncées par les opérateurs privés. Sans transparence sur les critères d’attribution, la réforme du foncier pourrait devenir un nouvel instrument de contrôle plutôt qu’un levier de développement.
La création d’un dispositif de « régularisation fiscale volontaire » complète le triptyque d’un PLF aux allures de compromis politique. Les contribuables non déclarés pourront régulariser leur situation moyennant un taux forfaitaire de 10 % et une amnistie totale. Présentée comme une mesure de « civisme fiscal », elle s’apparente en réalité à une reconnaissance implicite de l’échec de la gouvernance budgétaire et du manque de confiance entre l’État et les acteurs économiques.
Sur le plan macroéconomique, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, table sur une croissance de 4,1 % en 2026, soutenue par des dépenses publiques de plus de 17 600 milliards de dinars. Mais ces prévisions reposent encore sur la rente énergétique et sur des investissements publics massifs qui creusent la dette sans générer de valeur ajoutée durable. La diversification promise reste incantatoire, tandis que le secteur privé demeure étouffé par l’instabilité réglementaire.
En supprimant l’article 157 – relatif à la mise à la consommation de véhicules et équipements importés – la Commission a tenté de désamorcer une polémique, mais le signal politique reste flou. Le pouvoir persiste à gouverner par ajustements successifs plutôt que par réforme structurelle.
MK/Sf/APA







