L’Algérie construit une ambition industrielle dont elle doit encore prouver la capacité d’exécution; tandis que la Tunisie possède une industrie historique qu’elle peine à remettre à niveau. Face au décrochage de ce dernier dans le secteur phosphatier, Alger s’engage à pas redoublés.
L’Algérie accélère le développement de son projet phosphatier intégré de Tébessa tandis que la Tunisie tente toujours de retrouver ses niveaux de production d’avant 2011. Mais derrière ce contraste, les deux pays font face à une même interrogation : leur capacité à transformer des ambitions minières en filières industrielles durablement compétitives.
L’Algérie veut changer d’échelle dans le phosphate. Le développement du gisement de Blad El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, accompagné de contrats attribués au groupe chinois CHEC et à l’italien Saipem, doit permettre au pays de construire une chaîne allant de l’extraction à la transformation. Avec une production annoncée à terme de 10,5 millions de tonnes par an, Alger affiche l’ambition de convertir ses ressources minières en nouvel instrument de diversification économique, dans une économie qui reste fortement dépendante des hydrocarbures.
L’ampleur du projet ne garantit toutefois pas son succès industriel. L’Algérie dispose d’un historique de mégaprojets confrontés à des retards d’exécution, à des contraintes logistiques ou à des difficultés de coordination. Le phosphate intégré nécessitera des infrastructures ferroviaires, énergétiques, hydriques et portuaires capables d’absorber durablement les volumes annoncés.
La Tunisie se trouve dans une situation différente mais autrement préoccupante. Sa production était de 8,131 millions de tonnes en 2010 avant de tomber à 2,281 millions dès 2011. Elle aurait atteint environ 3,9 millions de tonnes en 2025, contre 3,04 millions en 2024. L’objectif fixé à 4,5 millions de tonnes pour 2026 reste très inférieur aux performances historiques, tandis que la cible de 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035 souligne la lenteur du redressement envisagé.
Les difficultés tunisiennes sont désormais structurelles. Transport ferroviaire insuffisant, contraintes d’approvisionnement en eau industrielle, difficultés financières, disponibilité de l’ammonitrate, vieillissement des équipements et mouvements sociaux affectent simultanément la Compagnie des phosphates de Gafsa et le Groupe chimique tunisien.
En mai 2026, des mouvements de protestation ont encore paralysé plusieurs sites du bassin minier. Sur les deux premiers mois de l’année, les exportations du secteur mines, phosphates et dérivés ont reculé de 24,6 %, selon l’Institut national de la statistique.
Pour autant, présenter l’essor algérien comme la cause du décrochage tunisien serait réducteur. La Tunisie a perdu une grande partie de son avantage bien avant la montée en puissance du projet de Tébessa. Son principal concurrent reste d’abord sa propre incapacité à restaurer durablement son appareil productif. Inversement, l’Algérie n’est encore qu’au stade où l’investissement doit démontrer qu’il peut devenir production, transformation puis exportation régulière.
MK/Sf/APA







