Les ambitions du gouvernement algérien de faire du pays une « puissance agricole régionale » se heurtent à la réalité d’un secteur fragile, miné par la sécheresse, le manque d’infrastructures hydrauliques et la lenteur des investissements privés.
Lundi à Alger, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a inauguré la Conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture, présentée comme le point de départ d’une « transformation qualitative » fondée sur les technologies et l’innovation.
L’événement, organisé au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal, a réuni plusieurs membres du gouvernement, le président du CNESE Mohamed Boukhari, ainsi que des représentants d’organisations internationales et des experts étrangers.
Dans son discours, le ministre a dressé un constat sans détour : rendements faibles, gaspillage important et infrastructures défaillantes. Le rendement moyen des céréales plafonne à 18 quintaux à l’hectare, soit deux fois moins que dans des pays au climat similaire.
La productivité laitière n’excède pas 3 000 litres par vache, et près de 30 % de la production agricole est perdue chaque année faute de stockage et de chaînes de froid.
Malgré un potentiel considérable, seulement 8,5 millions d’hectares sont cultivés, soit 3,6 % de la superficie nationale.
Le gouvernement ambitionne de doubler les rendements céréaliers à 35 quintaux par hectare en cinq ans, grâce à l’agriculture de précision, à l’intelligence artificielle et aux semences améliorées.
Un système d’information agricole unifié, l’usage des drones, de la télédétection et le renforcement de la recherche scientifique sont également annoncés pour optimiser la gestion du secteur.
L’agriculture saharienne, dotée d’un million d’hectares potentiellement exploitables et de vastes ressources en eau souterraine, est présentée comme un « réservoir stratégique ».
Mais derrière ces ambitions technologiques, les blocages structurels demeurent : bureaucratie pesante, morcellement foncier, sous-capitalisation des coopératives et forte dépendance aux importations alimentaires.
Plusieurs économistes estiment que les réformes resteront symboliques tant que les questions de la gouvernance foncière, du financement agricole et de la transparence des subventions ne seront pas résolues. L’Algérie importe encore plus de 70 % de ses besoins céréaliers et reste déficitaire en intrants agricoles.
Faute de réforme en profondeur, la « révolution agricole » promise par Alger risque de se limiter à une modernisation de façade, davantage soutenue par un discours technocratique que par une réelle mutation du modèle productif.
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