Face à la menace grandissante du virus du swollen shoot, la Côte d’Ivoire et le Ghana, soutenus par la FAO et l’Union Européenne, élaborent une stratégie commune sur cinq ans. Objectif : sauver un verger qui assure plus de 60 % de la production mondiale de cacao.
Le combat pour la survie de l’or brun africain change d’échelle. Réunis à Abidjan les 14 et 15 avril 2026, les experts de l’Initiative cacao Côte d’Ivoire – Ghana (ICCIG) ont ouvert un atelier crucial pour définir une feuille de route commune face au Swollen Shoot.
L’atelier a été officiellement ouvert par Ali Coulibaly, directeur des Cultures pérennes et des exportations, représentant le ministre de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières de Côte d’Ivoire, Bruno Koné.
Cette rencontre technique de haut niveau a également enregistré la participation de plusieurs personnalités de premier plan, notamment Michel Arrion, directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), l’ambassadeur de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, le directeur général adjoint du Conseil du Café-Cacao, ainsi que le directeur exécutif adjoint du Ghana Cocoa Board.
Cette maladie, qui ronge les plantations, pourrait faire chuter drastiquement les récoltes si rien n’est fait. Si l’actualité de la filière est souvent dominée par la volatilité des cours mondiaux, Joseph Neymah, représentant de la FAO en Côte d’Ivoire, invite à la clairvoyance.

« Regarder plus loin » que les prix
« Il faut regarder plus loin », prévient-il, en s’attaquant aux causes structurelles de la baisse de production. Pour lui, l’union des deux géants du cacao est la seule réponse viable pour « prendre le taureau par les cornes ».
François N’Guessan Kouamé, du Centre national de recherche agronomique (CNRA) de Côte d’Ivoire, a dévoilé les axes majeurs de cette riposte qui s’étalera sur les cinq prochaines années. Il a relevé la surveillance accrue des parcelles infectées.
La stratégie prône, en outre, une détection précoce via des tests sérologiques en laboratoire, un accroissement du rendement des vergers existants, une résilience des cultures de cacao face au changement climatique et au swollen shoot.
Elle mise sur la recherche agronomique afin de développer des variétés résistantes au virus. Au Ghana, entre 300 000 et 400 000 producteurs sont menacés. Pour soutenir l’effort, la Banque mondiale a accordé 100 millions de dollars pour réhabiliter 210 000 hectares.

Traçabilité et exigences européennes
La stratégie impose l’abattage des arbres malades, une mesure radicale qui suscite la réticence des planteurs, a fait savoir l’expert François N’Guessan Kouamé, laissant entendre que des paysans conçoivent difficilement cette mesure.
« Une sensibilisation accrue est nécessaire », ont martelé les experts. Pour Coulibaly Ali, représentant du ministre ivoirien de l’Agriculture, cette lutte est un « impératif économique » car elle conditionne directement le revenu décent des paysans.
L’Union européenne, premier acheteur mondial, observe de près cette restructuration. L’ambassadeur de l’UE en Côte d’Ivoire, Irchad Razaaly a rappelé que le nouveau règlement européen sur la déforestation exige une traçabilité totale.
L’UE s’engage à mobiliser des fonds pour aider Abidjan et Accra à moderniser leurs systèmes tout en facilitant des investissements durables. La FAO va accompagner ces deux pays dans l’opérationnalisation de cette stratégie.
Pour Alex Assanvo, secrétaire exécutif de l’Initiative cacao Côte d’Ivoire – Ghana (ICCIG), cet atelier est une étape clé pour la gouvernance de la filière. Au-delà de l’équation du prix, il s’agit de garantir la pérennité d’un secteur qui reste le poumon économique de la région.
AP/Sf/APA







