Au nord de Sfax, dans les campements informels d’El-Amra, les migrants subsahariens sont confrontés à une insécurité croissante, alimentée par des bandes qui cherchent à s’approprier l’argent destiné aux traversées clandestines vers l’Italie.
Le 22 octobre, une bande de jeunes Tunisiens circulant à moto a fait irruption dans le campement du « kilomètre 19 », près du village de Ktetna, à une dizaine de kilomètres au nord de Sfax. Le groupe, composé d’individus aux visages dissimulés, s’en est pris à deux ressortissants gambiens qui tentaient de fuir à travers les oliveraies. Les victimes ont été frappées à coups de bâton et blessées à l’arme blanche. L’une présentait une profonde entaille au crâne, tandis que l’autre avait été blessée au bras. Cette attaque illustre la dégradation des conditions de sécurité dans ces campements où vivent de nombreux migrants originaires d’Afrique subsaharienne.
Les témoignages recueillis parmi les occupants du campement font état d’une multiplication des agressions, parfois commises par des groupes qui circulent régulièrement dans les installations informelles pour vendre des denrées alimentaires et d’autres produits. Selon plusieurs migrants, un différend aurait précédé l’attaque contre les deux Gambiens.
Les circonstances exactes restent toutefois difficiles à établir. Un ressortissant ivoirien installé dans le campement témoigne d’une situation devenue presque habituelle, marquée par des violences entre migrants ou impliquant des ressortissants tunisiens. Il souligne néanmoins le caractère particulièrement préoccupant de cette intrusion directe dans le camp pour agresser ses occupants.
Derrière ces violences se dessine une économie parallèle structurée autour des tentatives de traversée de la Méditerranée. Les migrants installés dans la région de Sfax constituent une population particulièrement vulnérable, souvent dépourvue de ressources stables et exposée aux réseaux informels qui gravitent autour des départs vers l’Italie. L’argent accumulé pour financer les passages clandestins représente une source de convoitise pour différents groupes.
Dans cet environnement, les campements deviennent des espaces où se croisent vendeurs ambulants, intermédiaires, passeurs présumés et individus cherchant à tirer profit de la vulnérabilité des candidats à l’émigration. La perspective d’un départ vers l’Europe nourrit ainsi des rapports économiques informels dans lesquels la violence peut devenir un instrument de prédation.
Cette situation s’inscrit dans un contexte migratoire particulièrement sensible en Tunisie, notamment dans la région de Sfax, devenue l’un des principaux points de concentration des migrants subsahariens souhaitant rejoindre les côtes italiennes. La multiplication des opérations de démantèlement des campements et la précarité des conditions de vie ont contribué à fragiliser davantage ces populations.
L’absence de protection durable et l’incertitude entourant leur situation administrative les exposent aux agressions, aux rackets et aux formes d’exploitation. Les violences rapportées à El-Amra interrogent ainsi la capacité des dispositifs de sécurité et d’accompagnement à protéger les personnes vivant dans ces installations informelles.
MK/AK/Sf/APA





