Le gouvernement gambien a reçu 2 millions 573 414,10 dollars issus de la vente d’un bien immobilier situé à Potomac, dans l’État du Maryland, aux États-Unis, et lié à l’ancien président Yahya Jammeh, a annoncé mercredi le ministère gambien de la Justice.
Les fonds ont été transférés au Fonds de réparations ouvert auprès de la Banque centrale de Gambie. La Commission gambienne des réparations en assurera la gestion indépendante afin de financer les indemnisations destinées aux victimes du régime de l’ancien chef de l’État.
Dans un communiqué parvenu à APA, le ministère de la Justice a salué la coopération des autorités américaines, notamment du département américain de la Justice, tout au long du processus, depuis la récupération du bien immobilier jusqu’au transfert du produit de sa vente. Banjul a également remercié les institutions et les partenaires ayant contribué à cette opération.
Cette restitution fait suite à un accord conclu en septembre 2026 entre les gouvernements gambien et américain sur le rapatriement et l’utilisation des fonds récupérés après la confiscation du bien immobilier de Potomac. L’accord prévoit leur affectation au mécanisme national de réparations, avec une gestion indépendante par la Commission des réparations.
Des avoirs évalués à plus de 17 millions de dollars
La récupération de ces fonds intervient alors que la gestion des biens confisqués à Yahya Jammeh reste un enjeu important du processus de justice transitionnelle en Gambie.
En mai 2025, le ministère gambien de la Justice avait rendu public un inventaire des biens confisqués à l’ancien président, dont la valeur totale dépassait 1,24 milliard de dalasis, soit environ 17 millions de dollars à l’époque.
Cet inventaire regroupait plusieurs catégories d’actifs, notamment des avoirs financiers, des propriétés immobilières, des véhicules, des équipements et du bétail. Parmi les principaux actifs recensés figuraient une participation de 14,32 % dans la société Gam Petroleum, évaluée à 551,25 millions de dalasis, ainsi que des actions dans Comium Gambia Ltd estimées à 5,75 millions de dalasis. Les propriétés immobilières cédées représentaient environ 202,75 millions de dalasis.
La publication de ces documents avait révélé des transactions réalisées avant la fin des travaux de la Commission Janneh, chargée d’enquêter sur les biens et les pratiques de l’ancien régime. Ces révélations avaient suscité des interrogations sur la transparence de la gestion des actifs confisqués.
Le 14 mai 2025, le président Adama Barrow avait annoncé des mesures destinées à renforcer le contrôle et la transparence dans la gestion de ces biens. Il avait notamment indiqué que les investigations menées par l’Assemblée nationale et le Bureau national de l’audit devaient permettre d’examiner les irrégularités signalées et de formuler des recommandations.
Les indemnisations ont commencé en janvier 2026
La restitution des fonds américains intervient également après le lancement des indemnisations des victimes de violations des droits humains commises entre juillet 1994 et janvier 2017.
Le 12 janvier 2026, la Commission gambienne des réparations avait annoncé le début des versements aux victimes, marquant une nouvelle étape du processus de justice transitionnelle. Les paiements doivent être effectués par phases, avec l’appui des communautés et des organisations de la société civile afin de faciliter l’accès aux réparations, notamment pour les victimes vivant dans des zones reculées ou ayant des difficultés de mobilité.
Ce dispositif s’appuie sur le travail de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), mise en place pour enquêter sur les violations commises sous le régime de Yahya Jammeh, recueillir les témoignages des victimes et des témoins, et formuler des recommandations en matière de réparations, de réconciliation et de prévention de nouvelles violations.
L’intégration des fonds issus de la vente du bien immobilier de Potomac doit ainsi apporter de nouvelles ressources au mécanisme national d’indemnisation.
Yahya Jammeh est arrivé au pouvoir en 1994 et a dirigé la Gambie jusqu’en janvier 2017, date de son départ en exil en Guinée équatoriale après avoir perdu l’élection présidentielle de décembre 2016 face à Adama Barrow. Depuis son départ, les autorités gambiennes ont engagé un processus de justice transitionnelle visant à établir les responsabilités liées aux violations commises sous son régime et à indemniser les victimes. La récupération des avoirs, leur gestion transparente et le versement des réparations constituent plusieurs volets de ce processus.
AC/Sf/APA





