Le commerce intra-africain poursuit sa progression, mais l’Afrique doit encore lever plusieurs obstacles pour transformer son potentiel en véritable puissance économique, notamment en améliorant l’accès des entreprises aux marchés, au financement et à l’information.
De l’avis de Kanayo Awani, vice-présidente exécutive de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), chargée du commerce intra-africain et du développement des exportations, grâce au renforcement des échanges intra-africains, le continent devrait pouvoir transformer son potentiel en véritable puissance économique.
Selon le rapport Africa in Figures 2025 publié par Afreximbank, les échanges commerciaux entre pays africains ont augmenté de 5,4 % en 2024, pour atteindre 206,6 milliards de dollars. Cette dynamique devrait être renforcée par la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Malgré cette évolution, les entreprises du continent restent confrontées à plusieurs contraintes qui limitent leur expansion au-delà de leurs marchés nationaux. Elles disposent notamment d’un accès insuffisant aux informations sur les opportunités commerciales, aux données réglementaires et au financement du commerce.
C’est dans ce contexte que la Foire commerciale intra-africaine (IATF) s’est imposée comme une plateforme stratégique destinée à rapprocher les entreprises, les investisseurs et les décideurs africains. La quatrième édition, organisée à Alger, a généré 50 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement, confirmant le rôle croissant de cet événement dans l’intégration économique du continent.
Au cours de ses quatre premières éditions, l’IATF a attiré plus de 180 000 participants et 6 600 exposants issus de 132 pays, pour un volume cumulé de plus de 167 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement.
L’impact de la plateforme se mesure également à travers les entreprises qui en ont bénéficié. Selon le rapport consacré à l’impact de l’IATF sur le développement et le commerce entre 2018 et 2024, 62,4 % des accords conclus portent directement sur le commerce intra-africain, représentant plus de 8,5 milliards de dollars à chaque édition.
Près de 360 000 petites et moyennes entreprises (PME) ont également tiré profit de la foire, parmi lesquelles des entreprises dirigées par des femmes et des jeunes. L’IATF contribue par ailleurs à la création d’emplois, avec environ 42 emplois générés pour chaque million de dollars investi, soit plus d’un demi-million d’opportunités d’emploi directes à travers le continent à chaque édition.
Ces résultats montrent, selon Afreximbank, que le principal défi de l’Afrique ne réside pas dans l’absence de capacités ou de débouchés, mais dans la difficulté à mettre efficacement en relation les entreprises avec les marchés, les partenaires et les mécanismes de financement nécessaires à leur développement.
La prochaine édition de l’IATF se tiendra au Nigéria, à Lagos, du 5 au 11 novembre 2027. Les organisateurs ambitionnent d’y accueillir plus de 100 000 visiteurs et 2 500 exposants et de générer plus de 50 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement.
Placée sous le thème « Global Africa, Smart Trade: From Market Access to Market Power », l’IATF2027 entend franchir un nouveau cap en positionnant davantage l’Afrique comme un acteur capable de maîtriser ses propres chaînes de valeur et de peser sur le commerce mondial.
Le choix du Nigéria apparaît stratégique en raison de la taille de son marché, de son potentiel industriel et de l’abondance de ses ressources naturelles. Le pays dispose notamment d’importantes réserves et productions de pétrole et de gaz, ainsi que de minerais tels que le lithium, le minerai de fer et l’or, auxquels s’ajoutent de nombreuses opportunités dans l’agriculture et l’agro-industrie.
Dans l’État de Lagos, les investissements dans le port en eau profonde de Lekki, les corridors logistiques, les pôles industriels et les dispositifs d’accompagnement des entreprises devraient contribuer à renforcer les capacités du pays à participer davantage aux échanges continentaux.
Afreximbank souligne également la nécessité d’accompagner les PME afin qu’elles puissent mieux tirer parti des possibilités offertes par la ZLECAf. Les programmes de préparation à l’exportation, de certification, de renforcement des capacités et d’accès à l’information doivent permettre aux entreprises de mieux comprendre les marchés et de développer leurs activités au-delà des frontières.
La digitalisation constitue aussi un levier important. La plateforme IATF Virtual permet notamment de maintenir les relations entre entreprises en dehors des éditions physiques de la foire, d’améliorer la visibilité des exposants et de faciliter le suivi des opportunités commerciales.
Pour Afreximbank, l’enjeu est désormais de préserver cette dynamique et de convertir les progrès enregistrés en une croissance beaucoup plus importante des échanges entre pays africains. L’objectif est de faire passer progressivement le continent d’une logique d’accès aux marchés à une véritable capacité de conquête, de transformation et de maîtrise des chaînes de valeur.
TE/APA







