La Ville de Dakar entend renforcer son action contre les maladies non transmissibles liées à l’alimentation, notamment l’hypertension, le diabète, les maladies rénales et les cancers, en misant davantage sur la prévention, la sensibilisation et l’amélioration de l’offre de soins.
La nouvelle orientation de la capitale sénégalaise dans la lutte contre les maladies non transmissibles liées à l’alimentation a été réaffirmée jeudi à Dakar par le maire Abass Fall, à l’ouverture d’un atelier de mise à niveau du Conseil municipal consacré aux maladies non transmissibles et à l’étiquetage des denrées alimentaires.
Organisée dans le cadre du projet Dakar PHC – Partnership for Healthy Cities, avec l’appui de Bloomberg Philanthropies et de Vital Strategies, la rencontre vise à doter les conseillers municipaux et les agents de la Ville de connaissances leur permettant de mieux contribuer à la prévention de ces pathologies.
« Les maladies dont il est question au cours de cet atelier ne font, semble-t-il, aucun bruit. Elles ne permettent pas de fermer les frontières et n’interrompent aucune classe. Et pourtant, au Sénégal, les maladies non transmissibles – hypertension artérielle, diabète, insuffisance rénale, cancers, maladies respiratoires chroniques – emportent plus d’un décès sur deux », a souligné M. Fall.
Une situation préoccupante à Dakar
Le maire a particulièrement insisté sur la progression de l’hypertension artérielle dans la capitale. Selon les données évoquées lors de la rencontre, un adulte sur quatre à Dakar serait hypertendu.
Plus préoccupant encore, sur 100 personnes hypertendues, moins de 30 connaîtraient leur état de santé, seulement 16 seraient sous traitement et cinq auraient une tension artérielle maîtrisée.
Pour Abass Fall, ces chiffres illustrent l’ampleur du défi auquel les collectivités territoriales doivent désormais faire face, la prévention devant occuper une place centrale dans les politiques publiques locales.
Il a ainsi invité les participants à ne pas considérer l’atelier comme une simple séance d’information, mais comme une occasion d’acquérir des outils permettant de mener une communication claire auprès des populations et de mieux orienter les décisions municipales en matière de santé.
La Ville mise sur ses infrastructures sanitaires
Le maire a rappelé que la santé figure parmi les compétences transférées aux collectivités territoriales et constitue, à ce titre, une priorité pour la Ville de Dakar.
Plusieurs investissements ont déjà été engagés dans ce secteur, notamment à l’hôpital Abass Ndao, où la municipalité a construit un pôle mère-enfant dont le processus d’équipement est en cours. La Ville a également initié la mise en place d’un pôle d’imagerie doté d’une IRM et prévoit la création d’un important pôle de spécialités chirurgicales.
À l’Institut d’Hygiène Social, la municipalité a par ailleurs lancé la construction d’un Service d’accueil des urgences (SAU), tandis qu’un projet de construction et d’équipement d’un hôpital de niveau 3 est prévu aux Parcelles Assainies.
L’un des résultats mis en avant par le maire concerne le centre d’hémodialyse Khalifa Ababacar Sall de Liberté 6. Ouvert avec une capacité de prise en charge de 37 patients, l’établissement accueille actuellement 85 patients, soit 48 patients supplémentaires.
« Nous avons, en quelques mois d’exercice, moins d’un an, plus que doublé la capacité effective de ce centre », s’est félicité Abass Fall, qui ambitionne de porter cette capacité à 150 patients dans un délai d’un an.
Cette progression, a-t-il expliqué, est le fruit du travail du personnel soignant, de la Direction de l’Action sanitaire et des Services aux personnes, de la convention liant la Ville au ministère de la Santé ainsi que de l’appui de partenaires techniques.
L’alimentation au cœur de la prévention
Au-delà de la prise en charge médicale, la Ville de Dakar entend agir sur les facteurs de risque liés aux habitudes alimentaires.
Dans le cadre du Partnership for Healthy Cities, la municipalité a choisi de mettre l’accent sur les établissements scolaires, considérés comme des lieux privilégiés pour agir sur les comportements alimentaires dès le plus jeune âge.
L’objectif est notamment de promouvoir l’étiquetage des denrées alimentaires afin de mieux informer les consommateurs sur leur teneur en sel, en sucre et en matières grasses.
« Une étiquette, ce n’est rien d’autre que cela : le partage de l’information de celui qui produit vers celui qui consomme. C’est rendre à la mère de famille dakaroise le pouvoir de décider en connaissance de cause », a expliqué le maire.
La municipalité entend travailler avec les maires des communes, les services déconcentrés de l’Etat, les acteurs de l’éducation et les autres parties prenantes afin de contribuer à la mise en œuvre de la réglementation sur l’étiquetage alimentaire.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où l’Organisation mondiale de la Santé encourage les Etats à mieux encadrer les environnements alimentaires scolaires et à protéger les enfants contre la consommation excessive de produits riches en sucre, en sel et en matières grasses.
Dakar dans le réseau des villes pour une meilleure santé
La Ville de Dakar appartient depuis 2018 au réseau du Partnership for Healthy Cities, une initiative de Bloomberg Philanthropies menée en partenariat avec l’Organisation mondiale de la Santé et mise en œuvre par Vital Strategies.
Le réseau rassemble aujourd’hui 74 villes engagées dans la prévention des maladies non transmissibles. Dakar y travaille notamment aux côtés d’autres villes africaines, parmi lesquelles Ouagadougou, Abidjan, Freetown et Kumasi.
Pour Abass Fall, cette coopération internationale doit permettre à Dakar de renforcer ses politiques locales de santé et de mieux répondre aux nouveaux défis sanitaires.
L’atelier de jeudi, animé notamment par les professeurs Maboury Diao, Demba Diédhiou et Moustapha Faye, doit ainsi permettre aux élus et agents municipaux de mieux comprendre les mécanismes de l’hypertension, du diabète et des maladies rénales, mais aussi d’identifier les leviers d’action à la disposition des collectivités.
En clôturant son propos, le maire a repris une formule de l’universitaire sénégalais Cheikh Anta Diop : « Armez-vous de science jusqu’aux dents », estimant qu’« un conseil qui délibère sans savoir est tenté de voter au hasard ; un conseil qui sait décide ».
TE/Sf/APA







