La Côte d’Ivoire a enregistré en 2024 une progression notable dans la prévention et la lutte contre la corruption, marquée notamment par une amélioration de son score international, une hausse du taux de déclaration de patrimoine et l’accélération de la digitalisation des services publics, selon le projet de rapport d’évaluation de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG).
Présenté lundi 31 août 2026 à Grand-Bassam, lors d’un atelier national de validation, le rapport de la Haute autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG) dresse le bilan des actions menées en 2024 contre la corruption et les infractions assimilées, en Côte d’Ivoire.
Le principal indicateur de cette évolution reste le score obtenu par la Côte d’Ivoire à l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International. Le pays est passé de 40 points sur 100 en 2023 à 45 points en 2024, soit un gain de cinq points, présenté comme la progression la plus importante enregistrée ces dernières années.
Cette amélioration s’accompagne de résultats positifs dans d’autres mécanismes internationaux d’évaluation, notamment ceux du Millennium Challenge Corporation (MCC), du CPIA et des Indicateurs mondiaux de gouvernance de la Banque mondiale.
La prévention gagne du terrain
Au niveau national, les mécanismes de prévention semblent également avoir progressé. Le taux de déclaration de patrimoine est passé de 83,03 % en 2023 à 90,99 % en 2024, rapprochant le pays d’un niveau de conformité plus élevé.
La transformation numérique de l’administration constitue un autre axe majeur de la politique anticorruption. En 2024, 256 services publics ont été digitalisés, tandis que la signature électronique a été introduite dans plusieurs administrations.
Pour les autorités, cette modernisation contribue à réduire les interventions manuelles dans les procédures administratives, à améliorer la traçabilité des opérations et à renforcer la transparence dans les relations entre l’administration et les usagers.
Plus de 1 400 milliards de FCFA concernés par les marchés publics
La gouvernance de la commande publique figure également parmi les secteurs suivis dans le cadre de l’évaluation.
En 2024, 5 510 marchés publics, représentant un montant cumulé de 1 403 milliards de FCFA, ont été approuvés. Cette activité s’est accompagnée d’un renforcement des mécanismes d’audit et de contrôle destinés à garantir une utilisation plus transparente des ressources publiques.
Sur le volet répressif, la HABG a traité 902 plaintes et dénonciations liées à des faits présumés de corruption ou à des infractions assimilées. Ces dossiers viennent s’ajouter aux nombreux signalements pris en charge par les autres structures spécialisées du dispositif national.
La stratégie nationale comme nouveau cadre d’action
Ces avancées interviennent dans le contexte de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2024-2028, adoptée le 12 juin 2024.
Cette première stratégie nationale vise à donner davantage de cohérence aux interventions des différentes structures engagées dans la prévention, la détection et la répression des pratiques corruptives.
La HABG inscrit par ailleurs son exercice d’évaluation dans le cadre de ses missions institutionnelles, définies par l’Ordonnance n°2013-661 du 20 septembre 2013, qui prévoit notamment la production annuelle d’un rapport sur les activités de prévention et de lutte contre la corruption.
Des fragilités à corriger
Malgré les progrès enregistrés, le rapport relève plusieurs défis susceptibles de ralentir la consolidation des acquis.
La coordination entre les institutions, la protection des lanceurs d’alerte, la poursuite de la digitalisation de l’administration, le renforcement des compétences spécialisées et la mobilisation de financements durables figurent parmi les principaux chantiers identifiés.
La question du financement de la Stratégie nationale 2024-2028 apparaît notamment déterminante pour assurer la continuité des actions engagées.
L’atelier de Grand-Bassam doit ainsi permettre de tirer les enseignements de l’exercice 2024 et de mieux orienter les prochaines interventions. Il ouvre également le processus d’élaboration du Rapport d’évaluation 2025-2026, qui reposera notamment sur une collecte renforcée des données auprès des institutions publiques, du secteur privé et de la société civile.
La Côte d’Ivoire semble ainsi avoir franchi une nouvelle étape dans sa politique anticorruption. Le défi consiste désormais à transformer ces progrès mesurés dans les indicateurs en résultats durables dans la prévention, la détection et la sanction des pratiques de corruption.
TE/Sf/APA







