Avec plus de 118 décès et 435 cas suspects recensés dans la province de l’Ituri, l’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC depuis le 15 mai inquiète la communauté internationale. Mais pour Africa CDC, la réponse ne viendra pas des fermetures de frontières : elle viendra de la solidarité.
Alors que la 17ᵉ épidémie d’Ebola enregistrée en République démocratique du Congo (RDC) a déjà fait plus de 118 décès suspects et recensé plus de 435 cas suspects, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a fermement rejeté mardi les restrictions généralisées de voyage imposées par plusieurs pays, estimant que de telles mesures risquent d’aggraver la crise plutôt que de la contenir.
« Les restrictions généralisées de voyage et les fermetures de frontières ne constituent pas une solution aux épidémies », a tranché l’agence sanitaire de l’Union africaine (Africa CDC) dans un communiqué publié depuis Addis-Abeba. Ceci en réaction notamment à la décision des États-Unis d’émettre une alerte de niveau 4 déconseillant tout voyage en RDC et de restreindre l’entrée sur leur territoire aux personnes non américaines ayant récemment séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud.
Une épidémie qui s’étend, une souche encore à identifier
Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a présenté lundi un bilan actualisé faisant état de plusieurs foyers actifs, principalement dans la province de l’Ituri, à l’est du pays, signe d’une extension progressive de l’épidémie. Les autorités ont renforcé le dispositif de riposte, avec le déploiement d’équipes médicales sur le terrain, le renforcement de la surveillance épidémiologique et la prise en charge des malades dans des centres spécialisés.
Le séquençage du virus est en cours, les premiers résultats indiquant qu’il s’agirait d’un ebolavirus non-Zaïre — une souche distincte de celles habituellement observées lors des précédentes flambées dans le pays —, dont l’identification précise devra être affinée.
Africa CDC : agir à la source, pas aux frontières
Face à cette situation, Africa CDC a rappelé avoir déclaré officiellement l’épidémie le 15 mai 2026, avant de décréter le 18 mai une urgence de santé publique continentale afin de mobiliser les ressources politiques, financières et opérationnelles nécessaires à une réponse coordonnée.
« Le moyen le plus rapide de protéger tous les pays du monde est de soutenir agressivement le contrôle de l’épidémie à sa source », a déclaré le directeur général de l’institution, Jean Kaseya.
« La sécurité sanitaire mondiale ne peut être assurée uniquement par des frontières. Elle repose sur le partenariat, la confiance, la science et des investissements rapides dans les capacités de préparation et de réponse », a-t-il martelé.
L’agence a averti que les restrictions de voyage peuvent « créer la peur, fragiliser les économies, décourager la transparence, compliquer les opérations humanitaires et sanitaires » et pousser les déplacements vers des circuits informels difficiles à surveiller.
Une injustice structurelle dénoncée
Africa CDC a également dénoncé « une injustice structurelle » dans l’innovation sanitaire mondiale, soulignant que le virus Bundibugyo Ebola, identifié il y a près de vingt ans, ne dispose toujours d’aucun vaccin ni traitement homologué spécifique. L’institution a rappelé le précédent de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, où les solutions médicales n’avaient émergé qu’après l’infection d’un médecin américain, « alors que des milliers d’Africains étaient déjà morts sans assistance ».
L’organisation appelle la communauté internationale à renforcer son soutien à la préparation transfrontalière, aux personnels de santé de première ligne, aux capacités de laboratoire et au développement accéléré de vaccins et traitements contre toutes les souches d’Ebola, affirmant être pleinement mobilisée aux côtés de la RDC, de l’Ouganda, du Soudan du Sud et du Rwanda.
« L’Afrique a besoin de solidarité, et non de stigmatisation », a conclu Africa CDC.
AC/Sf/APA






