Un décret publié au Journal officiel prolonge l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire de la Tunisie jusqu’au 31 décembre 2026. Le texte, daté du 30 janvier 2026, remplace la précédente prorogation décidée fin décembre, qui ne couvrait qu’un mois. En inscrivant cette mesure dans une échéance annuelle, les autorités actent un changement de nature du dispositif, désormais pensé sur le long terme.
L’état d’urgence est en vigueur sans interruption depuis le 24 novembre 2015, date de son instauration à la suite de l’attentat contre un bus de la garde présidentielle à Tunis. Depuis lors, le régime exceptionnel a été reconduit de manière quasi mécanique, par une succession de décrets, sans véritable débat public ni évaluation indépendante de son efficacité ou de sa proportionnalité.
Officiellement, le dispositif permet aux autorités de disposer de prérogatives élargies pour répondre aux impératifs sécuritaires. Dans les faits, il autorise notamment des restrictions à la liberté de circulation, de réunion et d’expression, ainsi qu’un renforcement des pouvoirs administratifs au détriment du contrôle judiciaire. Présenté comme temporaire en 2015, l’état d’urgence s’est progressivement institutionnalisé, jusqu’à devenir un cadre de gouvernance ordinaire.
La décision de prolonger le régime jusqu’à fin 2026 intervient dans un contexte politique marqué par un resserrement général de l’espace public et une concentration accrue des pouvoirs exécutifs. Elle alimente les critiques de juristes et d’organisations de défense des droits, qui dénoncent une banalisation de l’exception sécuritaire et l’absence de calendrier crédible de sortie de crise.
Le contraste est d’autant plus marqué que la menace terroriste, invoquée à l’origine pour justifier l’état d’urgence, a évolué au fil des années. Aucun bilan officiel détaillé n’a été rendu public sur l’apport concret de ce régime dans la prévention des risques sécuritaires, ni sur son articulation avec le droit pénal et les dispositifs ordinaires de sécurité intérieure.
En prolongeant l’état d’urgence pour une année complète, les autorités tunisiennes consacrent un paradoxe institutionnel : un pays gouverné durablement par des mécanismes censés être exceptionnels. Cette décision pose, une nouvelle fois, la question du seuil à partir duquel la sécurité cesse d’être une réponse conjoncturelle pour devenir un principe permanent d’organisation du pouvoir, au risque d’éroder les garanties fondamentales de l’État de droit.
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