En ordonnant l’importation massive d’ovins à quelques mois de l’Aïd el-Adha 2026, le président Abdelmadjid Tebboune reconduit une solution d’urgence qui interroge sur l’état réel de la filière nationale et sur la dépendance croissante du pays aux marchés extérieurs.
À l’approche de l’Aïd el-Adha 2026, les autorités algériennes ont choisi d’anticiper la régulation du marché de la viande ovine par une mesure lourde de sens : l’importation d’un million de moutons. La décision, prise par le président Abdelmadjid Tebboune, a été annoncée à l’issue d’une réunion du gouvernement tenue sous la présidence du Premier ministre Sifi Ghrieb, consacrée à plusieurs dossiers économiques et organisationnels.
Officiellement, l’objectif est clair : soutenir le marché national, contenir la flambée saisonnière des prix et garantir l’accès des ménages au mouton de l’Aïd. Le chef de l’État a instruit le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche d’engager immédiatement les procédures nécessaires à la mise en œuvre de cette opération, présentée comme un levier central pour préserver l’équilibre entre l’offre et la demande. En creux, cette décision révèle toutefois l’incapacité persistante du cheptel national à répondre, seul, à un pic de consommation pourtant prévisible.
L’Algérie ne fait ici que reconduire une recette déjà utilisée lors de l’Aïd précédent. En 2025, une opération similaire avait été lancée, avec l’importation d’un million de têtes ovines en provenance de plusieurs pays. Si cette initiative avait permis d’atténuer les tensions sur les prix et de mieux encadrer la distribution via les circuits officiels, elle n’avait pas réglé les problèmes structurels de la filière : faible productivité, coûts d’alimentation élevés, dépendance aux importations de fourrage et désorganisation des circuits de commercialisation.
La nouveauté, cette année, réside dans le choix assumé d’un fournisseur unique. Selon des informations relayées dès octobre par des médias uruguayens, l’Uruguay aurait confirmé sa capacité à fournir à lui seul le million de moutons destiné au marché algérien pour l’Aïd 2026. Le ministre uruguayen de l’Agriculture et de l’Élevage, Alfredo Fratti, avait alors souligné que cette opération s’inscrivait dans les capacités budgétaires de son pays et traduisait un intérêt stratégique pour le renforcement des échanges avec l’Algérie.
Ce choix soulève plusieurs interrogations. Miser sur un seul pays fournisseur expose l’Algérie à des risques logistiques, sanitaires et géopolitiques non négligeables. Il illustre surtout une dépendance croissante à l’égard de l’extérieur pour satisfaire une demande intérieure récurrente, dans un pays pourtant doté d’un vaste potentiel pastoral. À moyen terme, cette stratégie d’importation massive apparaît davantage comme un palliatif politique destiné à contenir la grogne sociale que comme une réponse économique durable.
Au-delà de l’effet immédiat sur les prix à l’approche de l’Aïd, la répétition de telles opérations pose une question centrale : jusqu’à quand l’État continuera-t-il à compenser, par la dépense publique et les importations, les défaillances d’une filière nationale qui peine à se réformer ? À défaut d’un plan structurel de relance de l’élevage ovin, l’importation d’un million de moutons risque de s’imposer, année après année, comme le symbole d’un modèle agricole sous perfusion.
MK/AK/Sf/APA







