Six ans après l’attaque de Tripoli, l’ancien émissaire de l’ONU, Ghassan Salamé, révèle que plusieurs puissances majeures étaient informées à l’avance, mettant en cause la sincérité des garanties diplomatiques données aux Nations unies.
L’ancien envoyé spécial des Nations Unies en Libye, Ghassan Salamé, a affirmé que « plus de trois grandes puissances » avaient connaissance de l’offensive lancée en avril 2019 contre Tripoli par les forces du maréchal Khalifa Haftar, malgré leur reconnaissance officielle du gouvernement d’union nationale dirigé par Fayez al-Sarraj. Ces révélations ont été faites lors d’un entretien accordé au podcast Atheer.
Ghassan Salamé est revenu sur les heures précédant le déclenchement de la guerre, alors que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’apprêtait à effectuer une visite officielle en Libye. Alerté par des mouvements militaires « de grande ampleur » des forces de Haftar vers le sud, l’émissaire onusien avait recommandé le report du déplacement, estimant le risque d’escalade imminent. Cette mise en garde n’a toutefois pas été suivie.
Selon Salamé, António Guterres avait préféré solliciter des clarifications auprès de dirigeants de pays disposant de capacités de surveillance satellitaire. « Deux présidents lui ont assuré qu’aucune action militaire n’était imminente », a-t-il relaté, ajoutant que ces garanties se sont révélées infondées dès l’arrivée de la délégation onusienne à Tripoli. L’attaque a été lancée quelques heures plus tard, prenant de court le dispositif diplomatique des Nations Unies.
L’ancien envoyé estime que certains États pensaient pouvoir dissuader Haftar de passer à l’action en présence du secrétaire général de l’ONU, une lecture qu’il juge aujourd’hui naïve ou cynique. Il décrit l’offensive comme une invasion « d’est en ouest » qui a brutalement mis fin au processus de dialogue national et à une dynamique politique fragile, laborieusement construite sous l’égide de l’ONU.
Plus sévère encore, Ghassan Salamé affirme que « trois grands pays et un pays de moindre importance » étaient informés à l’avance de l’attaque, et que certains y étaient même directement impliqués. Une accusation lourde, qui jette une lumière crue sur le décalage entre les positions diplomatiques officielles et les pratiques réelles des puissances impliquées dans le dossier libyen.
Cette expérience, confie-t-il, lui a appris à « ne pas faire confiance aux grandes puissances », soulignant l’ambiguïté d’acteurs internationaux qui, tout en reconnaissant formellement le gouvernement de Tripoli, ont laissé se dérouler — voire facilité — une offensive militaire aux conséquences humaines et politiques majeures. Ces révélations ravivent le débat sur la responsabilité internationale dans l’échec du processus de paix libyen et sur la crédibilité de la médiation onusienne face aux jeux d’influence des États.
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