La décision présidentielle de mettre fin aux fonctions du gouverneur de la Banque centrale d’Algérie relance les interrogations sur l’indépendance de l’institution monétaire et la gouvernance économique du pays.
Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a mis fin, mardi, aux fonctions du gouverneur de la Banque d’Algérie, Salah Eddine Taleb, selon un communiqué laconique de la présidence. L’intérim est confié au vice-gouverneur Mouatassem Boudiaf, sans autre précision sur les motifs, la durée ni le cadre institutionnel de cette transition.
Cette révocation brutale, dépourvue d’explication publique, intervient dans un contexte de fortes tensions macroéconomiques et de fragilités structurelles persistantes. Inflation importée, dépendance accrue aux recettes d’hydrocarbures, pressions sur les réserves de change et rigidités du système financier constituent autant de défis auxquels la Banque d’Algérie est confrontée.
Le silence entourant la décision alimente, de ce fait, les spéculations sur un possible désaccord stratégique entre l’exécutif et l’autorité monétaire.
Sur le plan institutionnel, l’éviction du gouverneur par décret présidentiel pose une nouvelle fois la question de l’indépendance effective de la banque centrale, pourtant proclamée par les textes.
En l’absence d’un cadre de reddition des comptes transparent et d’une communication régulière sur la politique monétaire, la perception d’une tutelle politique directe s’en trouve renforcée, au risque d’éroder la crédibilité de l’institution auprès des acteurs économiques et des partenaires internationaux.
L’intérim confié à Mouatassem Boudiaf, figure interne de la Banque d’Algérie, est présenté comme une solution de continuité. Mais cette désignation temporaire, sans feuille de route publique, laisse en suspens les orientations futures en matière de politique monétaire, de gestion du taux de change et de réforme du système bancaire. Elle intervient alors que les autorités affichent l’ambition d’attirer davantage d’investissements et de moderniser le secteur financier.
Plus largement, cet épisode s’inscrit dans une pratique récurrente de changements à la tête des institutions économiques sans débat public ni justification formelle.
À défaut de clarifications rapides, la décision risque d’accentuer le climat d’incertitude, dans un pays où la stabilité institutionnelle demeure un paramètre clé pour restaurer la confiance des marchés et accompagner une diversification économique encore largement inachevée.
MK/Sf/APA







