Le procès de la militante tunisienne Saadia Mosbah, engagée de longue date contre les discriminations raciales, s’est ouvert lundi à Tunis, après plus d’un an de détention préventive.
Le procès de Saadia Mosbah, présidente de l’association antiraciste M’nemty, s’est ouvert lundi devant une juridiction de Tunis. La militante, âgée de 65 ans, est poursuivie pour des faits liés à ses activités associatives, notamment pour « enrichissement illicite » et « blanchiment d’argent », des accusations qu’elle conteste.
Détenue depuis environ un an et demi, Saadia Mosbah est une figure emblématique de la lutte contre le racisme en Tunisie. Ancienne hôtesse de l’air, elle s’est illustrée par son engagement en faveur des droits des minorités et a joué un rôle central dans le plaidoyer ayant conduit à l’adoption, en 2018, d’une loi criminalisant les discriminations raciales.
L’affaire s’inscrit dans un contexte tendu pour les acteurs de la société civile. L’association M’nemty affirme avoir toujours exercé ses activités dans le respect du cadre légal et rejette toute accusation liée à des financements illicites. Selon ses responsables, la procédure judiciaire a été ouverte dans un climat marqué par des campagnes de dénigrement visant des défenseurs des droits humains, souvent accusés sur les réseaux sociaux d’agir contre les intérêts nationaux.
Saadia Mosbah s’est également retrouvée en première ligne de la défense des migrants originaires d’Afrique subsaharienne, notamment après des prises de position officielles ayant dénoncé leur présence comme une menace pour l’équilibre démographique du pays. Cet engagement a contribué à accroître sa visibilité, mais aussi les pressions dont elle fait l’objet.
Lors de l’audience, ses avocats ont demandé la remise en liberté provisoire de leur cliente, invoquant son état de santé et estimant que la durée maximale de la détention préventive avait été dépassée. La défense a également sollicité le report de l’audience afin de préparer plus amplement ses arguments.
Au total, neuf personnes sont poursuivies dans ce dossier, dont plusieurs membres de l’association M’nemty et des proches de la militante. L’audience a été marquée par une vive émotion lorsque son fils, également poursuivi, a demandé à pouvoir embrasser sa mère à l’issue de la séance.
Ce procès intervient dans un climat politique et judiciaire où plusieurs travailleurs humanitaires et militants associatifs font l’objet de poursuites, alimentant les inquiétudes sur l’évolution des libertés publiques et de l’espace civique dans le pays.
MK/Sf/APA






