Âgé de 68 ans, l’ancien juge administratif et avocat Ahmed Souab a été condamné, vendredi 31 octobre 2025, à cinq ans de prison ferme et trois ans de contrôle administratif.
Le tribunal de première instance de Tunis a condamné l’avocat Ahmed Chouab à cinq ans d’emprisonnement, lui reprochant d’avoir dénoncé publiquement les pressions politiques exercées sur la magistrature — des déclarations qu’il avait tenues en avril dernier, peu avant son arrestation.
Le procès, organisé après plus de six mois de détention préventive, n’a duré que quelques minutes.
L’audience s’est tenue en l’absence de l’accusé, le tribunal ayant imposé une comparution par visioconférence pour un « danger réel » non précisé. Refusant cette procédure qu’il jugeait contraire à ses droits de défense, Ahmed Souab avait refusé d’y participer.
L’ancien magistrat était poursuivi pour « constitution et organisation d’une entente terroriste » et pour « diffusion de fausses informations », sur la base de la loi antiterroriste tunisienne.
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrait l’avocat critiquant la soumission du pouvoir judiciaire aux pressions politiques.
Pour ses défenseurs, il s’agit d’une atteinte manifeste à la liberté d’expression. « Ses propos visaient à dénoncer les dérives du système, non à menacer qui que ce soit », a déclaré Me Samir Dilou, membre du comité de défense.
Son confrère Me Sami Ben Ghazi a, lui, qualifié la procédure de « farce judiciaire », rappelant qu’aucune plaidoirie ni réquisitoire n’ont eu lieu et que le verdict a été prononcé en l’absence de l’accusé.
Dans un communiqué publié la veille du jugement, Amnesty International a dénoncé une « parodie de justice » et accusé les autorités tunisiennes d’utiliser la loi antiterroriste pour « museler la dissidence pacifique et instaurer un climat de peur ». L’ONG voit dans cette affaire une illustration des « pratiques autoritaires » visant à faire taire avocats, journalistes et défenseurs des droits humains.
Depuis la concentration des pouvoirs par le président Kaïs Saïed le 25 juillet 2021, la Tunisie connaît un net recul démocratique. La dissolution du Parlement et du Conseil supérieur de la magistrature a ouvert la voie à une série d’arrestations visant opposants, avocats et journalistes, souvent sur la base d’accusations similaires.
Figure respectée du droit public et ancien professeur, Ahmed Souab s’était fait connaître pour ses positions en faveur de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Ses décisions, après la révolution de 2011, avaient contribué à renforcer les libertés publiques et à freiner les abus administratifs.
Sa condamnation a suscité une vive réaction dans les milieux juridiques et universitaires. Le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Boubaker Bethabet, a dénoncé « le caractère inacceptable d’un procès tenu à huis clos et sans contradictoire ».
Le comité de défense d’Ahmed Souab a qualifié le verdict de « scandaleux » et annoncé son intention d’en demander l’annulation « par tous les moyens légaux ».
MK/te/Sf/APA







