Plusieurs observateurs craignent que les fonds italiens de la nouvelle ligne de crédit dédiée aux PME ne profitent qu’à une minorité d’entreprises déjà structurées, laissant de côté les acteurs locaux les plus fragiles.
La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT) a annoncé le lancement d’une série de journées d’information dans plusieurs gouvernorats autour d’une ligne de crédit italienne de 55 millions d’euros. Destinée aux petites et moyennes entreprises, cette initiative vise à soutenir le développement régional, mais son efficacité reste incertaine face aux défis structurels du tissu économique tunisien.
En partenariat avec l’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS), la CONECT organisera ces journées à Jendouba, Sidi Bouzid, Mahdia, Sfax et Kairouan. L’objectif affiché est de présenter les modalités de la ligne de financement baptisée « 55 » et de permettre aux porteurs de projets d’obtenir des informations sur les procédures de candidature. Des sessions de conseil sont prévues pour faciliter l’accès des entrepreneurs aux fonds.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de crise profonde pour les PME tunisiennes qui représentent plus de 90 % du tissu économique national mais peinent à accéder au crédit bancaire. Selon les données de la Banque centrale, le coût élevé du financement, conjugué à un taux d’intérêt directeur fixé à 2,25 % mais grevé par des marges bancaires importantes, maintient nombre de petites entreprises en marge du système de financement classique.
Si les 55 millions d’euros promis constituent un apport bienvenu, ils paraissent modestes au regard des besoins massifs des PME tunisiennes, confrontées à des problèmes de trésorerie, d’accès aux marchés extérieurs et de modernisation technologique. L’absence de stratégie claire pour accompagner les bénéficiaires au-delà de l’octroi de crédits – formation, gouvernance, accès à l’export – soulève également des interrogations sur l’efficacité réelle de cette ligne.
Le choix des régions ciblées – notamment Sidi Bouzid et Kairouan, symboles de la marginalisation socio-économique – traduit une volonté de réduire les inégalités territoriales. Mais de précédentes initiatives similaires ont montré leurs limites : retards dans le décaissement, lourdeur bureaucratique et manque de suivi post-financement. Plusieurs observateurs craignent que ces fonds italiens ne profitent qu’à une minorité d’entreprises déjà structurées, laissant de côté les acteurs locaux les plus fragiles.
En appelant les entrepreneurs à « participer activement », la CONECT tente de susciter l’adhésion à une initiative qui demeure avant tout une opération de communication économique et diplomatique. Pour que ce crédit italien ait un véritable effet d’entraînement, il devra être accompagné de réformes profondes du climat des affaires en Tunisie, où l’instabilité réglementaire, la pression fiscale et la corruption freinent encore la dynamique des PME.
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