Le gouvernement algérien promet des contrats d’exportation lors de la Foire intra-africaine de 2025, mais ses ambitions se heurtent aux limites d’un secteur marqué par la dépendance et les carences structurelles.
Les autorités algériennes affirment vouloir transformer le pays en acteur incontournable de l’industrie pharmaceutique africaine, en annonçant la conclusion attendue de plusieurs contrats d’exportation à l’occasion de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025). « La foire sera une semaine dédiée aux négociations commerciales, visant à finaliser des partenariats stratégiques », a assuré Imène Belabbès, directrice de la promotion de la production pharmaceutique au ministère de la Santé.
Quatorze entreprises, publiques et privées, ont été sélectionnées pour représenter l’Algérie, avec l’objectif affiché que chacune décroche au moins un contrat. Les exportations, chiffrées à seulement 46 millions de dollars en 2024, devraient selon le ministère connaître une progression grâce à la diversification vers de nouveaux produits comme les anticancéreux, les antidiabétiques ou encore certaines formes sèches de médicaments.
Mais derrière ce discours volontariste, les limites restent criantes. Le pays, qui revendique près de 200 unités de production et « 30 % de l’industrie pharmaceutique africaine », demeure fortement dépendant des importations de matières premières pharmaceutiques et des transferts technologiques étrangers. Le groupe public Saidal, présenté comme locomotive du secteur, peine à innover et reste dépendant de partenariats avec des multinationales pour assurer la mise sur le marché de médicaments stratégiques.
La stratégie officielle met en avant la création de filiales de banques algériennes en Afrique afin de lever les obstacles financiers aux exportations. Mais cette approche s’apparente davantage à une réponse administrative qu’à une véritable compétitivité industrielle. La faiblesse chronique de la recherche-développement, l’absence d’un écosystème d’innovation solide et la rigidité réglementaire continuent de freiner l’essor du secteur.
Les autorités évoquent également la « complémentarité industrielle sud-sud », mais l’expérience passée révèle souvent des annonces sans suites concrètes, faute de vision claire et d’intégration réelle des opérateurs privés. Les partenaires africains restent prudents face à une industrie encore marquée par des ruptures d’approvisionnement sur son propre marché intérieur, notamment dans les segments vitaux comme l’insuline.
En s’appuyant sur la vitrine de l’IATF, Alger tente donc de projeter une image d’exportateur pharmaceutique crédible. Mais les résultats attendus paraissent disproportionnés face à la réalité d’un secteur encore fragile, dépendant et miné par des contradictions internes. L’ambition de devenir un hub pharmaceutique africain risque ainsi de se heurter aux carences structurelles que ni les foires commerciales, ni les effets d’annonce ne suffiront à masquer.
MK/ac/APA





