Derrière la vitrine panafricaine de la Foire commerciale intra-africaine qu’Alger s’apprête à accueillir, l’Algérie cherche à masquer les fragilités structurelles d’une économie toujours dépendante des hydrocarbures.
Alger accueillera du 4 au 10 septembre la 4ᵉ édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF), présentée par la présidence Tebboune comme un « tournant historique » pour l’intégration économique du continent. Mais derrière les promesses de contrats faramineux et les slogans panafricanistes, cette mise en scène diplomatique révèle surtout la volonté de l’Algérie de se forger à tout prix une stature continentale, sans que sa propre économie n’affiche la solidité nécessaire pour l’assumer.
Près de 2 000 exposants de 140 pays et 35 000 visiteurs professionnels sont attendus au tout nouveau Palais des expositions d’Alger, avec l’ambition d’engranger plus de 44 milliards d’euros de contrats. Un chiffre spectaculaire, qui risque cependant de se heurter aux mêmes obstacles que lors des éditions précédentes : lourdeurs administratives, manque de compétitivité industrielle et infrastructures encore inachevées.
Le discours officiel insiste sur l’héritage panafricain de l’Algérie et son rôle de « locomotive », en rappelant la route transsaharienne Alger-Lagos, le projet de gazoduc transsaharien ou encore la dorsale à fibre optique. Mais la plupart de ces chantiers, annoncés depuis des décennies, peinent à voir le jour ou accusent de lourds retards. Les promesses de diversification économique se heurtent encore à la dépendance structurelle aux hydrocarbures, qui continuent de représenter plus de 90 % des exportations du pays.
L’Algérie met également en avant l’ouverture de banques publiques en Mauritanie et au Sénégal, l’octroi de bourses universitaires et la création d’une agence de coopération dotée d’un milliard de dollars. Des initiatives qui donnent l’image d’un État providence continental, mais qui contrastent avec la réalité interne : chômage persistant, inflation galopante et désindustrialisation.
En convoquant le slogan « L’Afrique aux Africains », Alger cherche à incarner le moteur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pourtant, son marché demeure parmi les plus fermés du continent, marqué par une bureaucratie dissuasive et des barrières non tarifaires qui découragent nombre de partenaires.
La 4ᵉ édition de l’IATF apparaît ainsi comme un exercice d’affirmation politique plus que comme un véritable catalyseur de commerce intra-africain. Si Alger tente de capitaliser sur l’événement pour afficher un rôle de « hub régional », sa capacité réelle à entraîner le continent reste incertaine, faute de réformes structurelles et d’une ouverture économique crédible.
MK/Sf/APA







