Reconnaissance officielle de l’origine, gage de qualité et de traçabilité, l’indication géographique protège désormais le « madd » ce fruit sauvage du sud du Sénégal et permet aux producteurs de mieux le valoriser.
Le « madd » de Casamance, fruit sauvage traditionnel du sud du Sénégal, est devenu le 25 juin 2024 le premier produit sénégalais officiellement enregistré comme indication géographique par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, selon un article publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et consulté par APA.
Cette reconnaissance protège désormais l’appellation « madd de Casamance » et garantit que seuls les fruits cueillis dans la région désignée et transformés selon un strict cahier des charges peuvent porter cette dénomination.
L’obtention de cette protection juridique résulte d’un processus de huit ans coordonné par la FAO, en partenariat avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).
Le projet a été mis en œuvre par Économie territoire et développement services (ETDS), une organisation locale à but non lucratif, en collaboration avec l’Association pour la protection et la promotion de l’indication géographique Madd de Casamance (APPIGMAC), qui regroupe les producteurs locaux.
Un fruit aux multiples vertus
Le « madd », fruit orangé pouvant mesurer jusqu’à 10 centimètres, pousse sur des lianes s’enroulant autour d’arbres forestiers atteignant plus de 40 mètres de hauteur. Riche en vitamines A et C ainsi qu’en antioxydants, il occupe une place prépondérante dans la culture de la Basse-Casamance, se développant notamment dans les « bois sacrés », lieux de culte traditionnels.
Actuellement, seulement 2 % de la récolte est transformée en jus et conserves, le reste étant consommé frais par les communautés locales, fait savoir la FAO.
« Grâce à l’enregistrement de l’indication géographique, les pouvoirs publics mesurent l’importance de ce fruit sauvage et de sa filière en tant que secteur porteur d’une croissance durable au niveau local », explique Pape Tahirou Kanouté, directeur exécutif d’ETDS, cité par la FAO.
Les producteurs bénéficient désormais d’une meilleure valorisation de leurs produits, avec des prix pouvant augmenter de près de 20 % en moyenne sur certains marchés. Mamadou Baldé, cueilleur officiel depuis 2020, témoigne d’un élargissement de son réseau professionnel et de volumes de commercialisation plus importants.
Le cahier des charges intègre des mesures de protection environnementale strictes : interdiction de tailler les plantes grimpantes, de ramasser les fruits avant maturité et d’utiliser des techniques de maturation artificielle. La transformation doit s’effectuer dans un rayon de 200 kilomètres de la zone de cueillette.
L’Office sénégalais des forêts collabore avec les comités villageois locaux pour la gestion durable de cette ressource, incluant cartographie des zones de production, gestion des feux de forêt et initiatives de reforestation.
Cette initiative s’inscrit dans la dynamique africaine des indications géographiques, qui compte plus de 200 produits enregistrés sur le continent, à l’image du « poivre de Penja » au Cameroun et de l’« attiéké des lagunes » en Côte d’Ivoire.
ARD/ac/Sf/APA







