Malgré les accords de paix signés à Doha et Washington, les attaques contre les civils se multiplient dans l’est congolais, alerte le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exprimé mercredi 6 août sa vive préoccupation face à la recrudescence des attaques contre les populations civiles dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette détérioration intervient paradoxalement alors que plusieurs accords de paix ont récemment été conclus, notamment à Doha et Washington.
Les statistiques révélées par l’ONU dressent un tableau particulièrement sombre. Du 9 au 21 juillet, pas moins de 319 civils ont perdu la vie dans quatre villages du territoire de Rutshuru, victimes d’attaques menées par le mouvement M23. Parmi ces victimes, on dénombre 48 femmes et 19 enfants, principalement des agriculteurs pris pour cibles lors d’opérations délibérément ciblées.
Les violences ne se limitent pas au seul M23. D’autres groupes armés sèment également la terreur dans la région. Les Forces démocratiques alliées (ADF) et la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) sont responsables de massacres ayant coûté la vie à au moins 70 personnes à Pikamaibo, ainsi qu’à 40 fidèles assassinés dans une église de Komanda. Les rapports font également état de viols collectifs, ajoutant à l’horreur de cette crise humanitaire.
Les initiatives diplomatiques à l’épreuve du terrain
Face à cette situation critique, le responsable onusien interpelle directement les acteurs du conflit, les exhortant à respecter leurs obligations de protection des civils et le droit international humanitaire. Il demande particulièrement aux signataires des accords de Doha et Washington de concrétiser leurs engagements pour rompre définitivement les cycles de violence qui frappent la région.
Cette interpellation prend une résonance particulière quelques jours après la première session du Comité conjoint de suivi, tenue le 31 juillet à Washington. Cette instance marque le début effectif de la mise en application de l’accord de paix historique signé le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda, sous médiation américaine.
Cet accord, rendu public par l’ambassade des États-Unis à Kinshasa, établit un cadre juridiquement contraignant couvrant les dimensions politique, sécuritaire, humanitaire et économique du conflit. Son architecture repose sur le Plan de neutralisation des FDLR et de retrait des forces rwandaises (CONOPS), fruit du processus UA–Angola initié à Luanda en octobre 2024.
La gouvernance de cet accord implique un Comité de suivi multilatéral réunissant la RDC, le Rwanda, les États-Unis, le Qatar, le Togo (en tant que facilitateur de l’Union africaine) et la Commission de l’UA. Cette instance a pour missions la supervision de l’application de l’accord, la gestion des contentieux et l’application de sanctions en cas de violations.
Parmi les innovations de cet accord figure le Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM), structure opérationnelle associant les forces armées, les services de renseignement et les diplomaties des deux pays, sous observation américaine and qatarie. Ce mécanisme supervisera l’exécution du CONOPS, organisera la neutralisation des FDLR et contrôlera le retrait des troupes rwandaises, avec publication de rapports mensuels garantissant la transparence.
Le volet économique n’est pas négligé avec le lancement, le 1er août, du Cadre d’intégration économique régionale. Cette dimension prévoit une collaboration approfondie dans des secteurs stratégiques : énergie, infrastructures, santé publique, gestion partagée du lac Kivu, chaînes d’approvisionnement minières traçables et tourisme transfrontalier autour des parcs nationaux. Des audits indépendants et des mécanismes d’exclusion des circuits illégaux doivent garantir l’intégrité de cette coopération.
Engagements mutuels et perspectives d’avenir
L’accord consacre des principes fondamentaux : respect mutuel de la souveraineté, non-soutien aux groupes armés non étatiques, règlement pacifique des différends. Il s’articule également avec les négociations de Doha entre Kinshasa et le M23, sous médiation qatarie, en imposant des critères rigoureux pour toute réintégration de combattants.
Sur le plan humanitaire, les deux États s’engagent à faciliter le retour volontaire et sécurisé des réfugiés, l’accès de l’aide humanitaire et la protection des civils, conformément aux accords tripartites de Kigali de 2010 avec le HCR.
L’accord réaffirme également la coopération avec la MONUSCO et le respect de la résolution 2765 (2024) du Conseil de sécurité, encadrant les mouvements et la sécurité du personnel onusien.
Entré immédiatement en vigueur et à durée indéterminée, l’accord peut évoluer par consentement mutuel ou être dénoncé avec un préavis de 60 jours. Selon les autorités américaines, ces avancées préparent un futur Sommet des chefs d’État destiné à consolider la paix et le développement dans la région des Grands Lacs.
Toutefois, comme le souligne l’alerte du Haut-Commissaire Türk, les populations locales continuent de vivre dans une « profonde incertitude » en l’absence de progrès tangibles sur le terrain. L’efficacité de ces mécanismes diplomatiques sera ultimement mesurée à l’aune de leur capacité à protéger concrètement les civils et à instaurer une paix durable dans cette région meurtrie par plus de trois décennies de conflits.
ZMH/Sf/ac/APA







