Adopté le 10 juillet par l’Assemblée, le nouveau Plan de développement économique et social doit permettre à la Tunisie de renouer avec une programmation économique de moyen terme. Il prévoit quelque 21 100 projets et programmes et un volume d’investissement de 101,8 milliards de dinars, soit environ 30 milliards d’euros.
La première interrogation concerne la croissance. Le gouvernement vise une progression moyenne du PIB de 4,2 % par an, avec un rythme atteignant 5,1 % en 2030. Une trajectoire nettement supérieure aux performances récentes : entre 2023 et 2025, la croissance a évolué autour de 1,5 %, tandis que les institutions internationales anticipent environ 2,1 % en 2026.
Un tel changement de rythme nécessiterait donc une forte accélération de l’investissement et de la productivité. Or, les moteurs susceptibles de porter durablement cette croissance restent à consolider, notamment dans l’industrie, l’investissement privé et les exportations.
Le financement constitue l’autre faiblesse du plan. L’État devrait assurer 61 % des ressources prévues, alors que la dette publique représente environ 84 % du PIB selon la Banque centrale. Cette contrainte réduit fortement les marges budgétaires disponibles pour financer simultanément infrastructures, investissements sociaux et développement régional.
La participation du secteur privé apparaît dès lors indispensable. Mais attirer davantage de capitaux nationaux et étrangers suppose de réduire les lourdeurs administratives, de sécuriser l’environnement juridique et d’améliorer la visibilité offerte aux investisseurs. Sans évolution du climat des affaires, les montants annoncés pourraient être difficiles à mobiliser.
La capacité d’exécution pose également question. Sur 40 748 projets initialement proposés par les collectivités locales, 21 091 ont été retenus. Leur réalisation devra composer avec des difficultés déjà connues : lenteurs administratives, contraintes foncières, financement et coordination parfois insuffisante entre administrations.
Le plan présente néanmoins des orientations nouvelles, notamment une approche davantage territoriale et une volonté de diversifier les financements. Mais après l’expérience du Plan 2023-2025, la crédibilité ne se mesurera plus au nombre de projets annoncés.
Le véritable test sera leur réalisation. Sans réformes parallèles de la productivité, de l’éducation, de la fiscalité et du climat des affaires, les objectifs pour 2030 risquent de rester davantage une ambition politique qu’une trajectoire économique effectivement réalisable.
MK/AK/Sf/APA





