Depuis 2019, le pouvoir algérien présente les rencontres orchestrées par Abdelmadjid Tebboune comme un « dialogue national » destiné à refonder la vie publique.
À l’initiative du président Tenboune, officiellement, il s’agirait d’associer partis, société civile et acteurs de terrain à la réécriture des textes régissant la scène politique.
L’audience accordée mardi à la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, illustre parfaitement cette mécanique désormais bien rodée. Annoncée comme un « dialogue franc et direct » de quatre heures, la rencontre a été présentée par les médias officiels comme la démonstration d’une écoute présidentielle attentive.
Mais derrière les formules soigneusement mises en scène, il est difficile d’ignorer que ces échanges restent confinés dans un périmètre étroit, strictement contrôlé par le pouvoir, où seules les préoccupations compatibles avec la ligne du régime peuvent être abordées. Les sujets relevant des prérogatives régaliennes — économie, tensions sociales, souveraineté — sont évoqués, mais jamais débattus au sens véritable du terme.
Louisa Hanoune, connue pour son franc-parler, a souligné avoir transmis « clairement » ses observations. Mais la portée réelle de ces échanges demeure sujette à caution : la dirigeante du PT reconnaît elle-même que « certains dossiers ne peuvent être publics », un aveu qui, en creux, révèle plutôt les limites imposées à ce dialogue prétendument ouvert. L’éloge appuyé du rôle de l’Algérie dans la cause palestinienne, point central de la communication d’État, s’inscrit dans cette même logique : détourner le regard des enjeux internes par le recours à une thématique unanimiste et politiquement sans risque pour le pouvoir.
L’entretien avec Hanoune s’ajoute à une longue liste de consultations similaires menées depuis 2019 avec des personnalités triées sur le volet : candidats malheureux de la présidentielle 2024, chefs de partis affaiblis, responsables de formations dociles.
Cette inflation de rencontres, devenue quasi rituelle, donne surtout l’impression d’une diplomatie intérieure parfaitement calibrée pour entretenir l’apparence d’un pluralisme politique que les faits contredisent largement. Aucun de ces échanges n’a, jusqu’ici, débouché sur une réforme tangible modifiant réellement les rapports entre l’État et les acteurs politiques.
Les grands chantiers annoncés — révision de la loi sur les partis, toilettage de la loi électorale, refonte du Code communal et de wilaya — reviennent de manière cyclique dans le discours officiel sans qu’un processus transparent ou inclusif n’en garantisse l’aboutissement. À l’approche des élections législatives de juin 2026, puis des locales de novembre, le pouvoir tente de projeter l’image d’une modernisation juridique consensuelle alors même que la participation électorale s’effondre et que la confiance du public dans les institutions est à son niveau le plus bas depuis des années.
MK/AK/Sf/APA





