L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal affirme avoir été privé de sa nationalité algérienne, un nouvel épisode qui ravive les critiques contre la répression politique et intellectuelle en Algérie.
L’écrivain Boualem Sansal a annoncé jeudi à Paris être officiellement déchu de la nationalité algérienne, quelques mois après sa libération de prison en Algérie, où il avait été incarcéré pendant près d’un an. La déclaration a été faite lors d’une rencontre avec des lycéens au lycée Edgar-Quinet, dans le 9ᵉ arrondissement de la capitale française, à l’initiative de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France.
« Il y a encore sans doute quelques formalités en cours, mais en effet, je suis seulement français désormais », a déclaré l’écrivain, confirmant avoir été privé de son passeport algérien. Cette annonce intervient dans un contexte de fortes tensions entre le pouvoir algérien et plusieurs figures intellectuelles accusées de porter un regard critique sur le régime et son fonctionnement.
Boualem Sansal, connu pour ses prises de position tranchées sur l’autoritarisme, l’islamisme politique et la mémoire historique en Algérie, avait été arrêté puis emprisonné sur fond de poursuites liées à ses écrits et à ses déclarations publiques. Sa détention avait suscité de nombreuses réactions dans les milieux culturels et intellectuels en Europe, plusieurs organisations dénonçant une atteinte grave à la liberté d’expression.
La déchéance de nationalité, si elle se confirme juridiquement, constitue une mesure lourde de sens politique. En Algérie, cet outil est régulièrement perçu par les défenseurs des droits humains comme un moyen de sanction extrême à l’encontre de voix dissidentes, notamment lorsque celles-ci disposent d’une double nationalité. Elle s’inscrit dans une séquence marquée par le durcissement du cadre légal encadrant l’expression publique, les associations et les médias.
Du côté des autorités algériennes, aucune communication officielle n’a, à ce stade, confirmé ou infirmé la déclaration de l’écrivain. Le silence institutionnel contraste avec la portée symbolique de l’annonce, qui alimente les accusations récurrentes de dérive autoritaire formulées par des observateurs internationaux et des ONG.
Au-delà du cas personnel de Boualem Sansal, l’affaire pose à nouveau la question du traitement réservé aux intellectuels critiques en Algérie et de l’usage politique du droit de la nationalité. Pour ses soutiens, cette décision illustre la volonté du pouvoir de marginaliser, voire d’effacer, les figures jugées incompatibles avec le récit officiel. Pour ses détracteurs, elle confirme une rupture durable entre l’État algérien et une partie de sa diaspora intellectuelle.
Libéré mais désormais privé de son lien juridique avec son pays natal, Boualem Sansal apparaît ainsi comme le symbole d’un exil contraint, où la sanction administrative prolonge la répression judiciaire, au prix d’une nouvelle atteinte aux libertés fondamentales.
MK/Sf/APA







