La remise en service d’une usine de plaquettes de frein à Réghaïa est présentée par Alger comme un symbole de reconquête industrielle, mais les capacités annoncées, les incohérences chiffrées et l’absence de données sur la compétitivité du site invitent à relativiser la portée de l’opération.
Le gouvernement algérien a inauguré à Réghaïa, dans la périphérie d’Alger, une usine de fabrication de plaquettes de frein autrefois détenue par des intérêts privés puis confisquée dans le cadre des affaires visant l’ancienne oligarchie. Le Premier ministre Sifi Ghrieb, mandaté par le président Abdelmadjid Tebboune, a présenté sa remise en activité comme une nouvelle étape de la politique de récupération et de valorisation des actifs saisis par l’État.
L’usine de plaquettes de frein à Réghaïa, désormais contrôlée par la Société de maintenance de l’Est (SME), filiale du groupe public GICA, affiche une capacité annoncée de 1,5 million de plaquettes par an et doit fabriquer 153 références pour véhicules légers, poids lourds, tracteurs et autres équipements mécaniques. Le chiffre de «150 plaquettes par jour», également avancé dans les informations accompagnant l’inauguration, apparaît toutefois incompatible avec une production annuelle de 1,5 million d’unités et illustre le manque de précision entourant encore les performances réelles du site.
Alger ambitionne de couvrir grâce à cette usine entre 30% et 40% des besoins du marché national, avant de viser les marchés africains. Mais aucune donnée détaillée n’a été communiquée sur les volumes actuellement importés, le coût de revient des pièces algériennes, leur taux d’intégration locale ou leur capacité à concurrencer les produits étrangers. La question des matières premières reste également déterminante pour mesurer la substitution effective aux importations.
La cérémonie a aussi mis en lumière l’état dans lequel se trouvait l’actif récupéré. Selon les informations présentées lors de la visite, 90% des équipements étaient hors service au moment de son transfert à la SME et une seule presse fonctionnait. Sa réhabilitation constitue donc un résultat industriel concret, mais révèle parallèlement plusieurs années d’immobilisation et de dégradation d’un outil productif que l’État entend désormais ériger en vitrine de sa nouvelle politique industrielle.
Deux accords ont été conclus avec Stellantis El Djazaïr et IDE-NET afin de développer la sous-traitance et l’intégration automobile locale. L’usine devrait par ailleurs générer plus de 150 emplois, dont une soixantaine directement. Ces partenariats pourraient offrir des débouchés au site, mais leur impact dépendra des commandes effectivement contractualisées et de la montée en puissance d’une industrie automobile algérienne qui demeure en reconstruction après plusieurs années d’instabilité réglementaire.
«Nous ne sommes pas en train de dormir, nous travaillons en silence», a déclaré Sifi Ghrieb, annonçant la récupération progressive d’autres unités. Pour Alger, Réghaïa doit démontrer que les actifs confisqués peuvent devenir des instruments de souveraineté industrielle. Mais entre la remise en marche d’une usine et la constitution d’une filière automobile compétitive et exportatrice, le chemin reste considérable : la réussite se mesurera moins aux inaugurations qu’aux volumes effectivement produits, au contenu local et à la capacité des entreprises publiques concernées à fonctionner durablement sans dépendre du soutien de l’État.
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